Cette expression metaphorique decrit l'etat immediat qui precede la parole. Elle evoque une parole prete a etre prononcee, qui est deja formee mentalement et sur le point de franchir la barriere des levres. Elle implique souvent une hesitation, un effort de memoire ou une retenue volontaire avant de finalement parler ou se taire.
L'expression "etre au bord des levres" emerge dans la langue francaise au cours du XVIIIe siecle, une periode marquee par un interet croissant pour la psychologie et l'introspection dans la litterature et la philosophie. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de description fine des etats d'ame et des processus mentaux. Le contexte des salons litteraires, ou la conversation etait un art raffine, a probablement favorise le developpement d'une telle image, captant le moment de suspense ou une reponse spirituelle ou une confidence est sur le point d'etre livree. A l'origine, l'expression pouvait avoir une connotation plus physique, evoquant presque la sensation tactile de la parole sur le point de jaillir. Son sens s'est rapidement stabilise pour decrire specifiquement l'imminence de la parole, distinct d'autres expressions comme "avoir sur le bout de la langue" qui insiste sur un trou de memoire momentane. Elle est devenue un outil precieux pour les ecrivains du XIXe siecle, comme Stendhal ou Flaubert, pour decrire les tensions interieures de leurs personnages, leurs non-dits et les dialogues interrompus.
La reponse etait au bord de mes levres quand le telephone a sonne.
Pendant la reunion, la critique etait au bord de mes levres, mais j'ai prefere me taire par diplomatic.
Je voyais bien qu'il avait une question au bord des levres, mais il n'osait pas la poser.
Son nom est au bord de mes levres, je vais finir par m'en souvenir ! (note: nuance avec 'avoir sur le bout de la langue')
"Tu voulais dire quelque chose ?" demanda-t-elle. - "Oui, c'etait au bord de mes levres, mais c'est passe."
