Aller au contenu principal

Le Loup et l'Agneau

Par Jean de La Fontaine

Fables choisies, mises en vers (1668)

ConteInjusticeRuse et pouvoirMorale sociale
3 min de lecture 215 mots

Extrait

La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l'allons montrer tout à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle, Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an passé. Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens : Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge. Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

Résumé IA

Cette fable met en scène un loup affamé qui rencontre un agneau se désaltérant au bord d'un ruisseau. Cherchant un prétexte pour le dévorer, le loup l'accuse successivement de troubler son eau et de médire de lui l'année précédente. Malgré les défenses logiques et polies de l'agneau, le loup finit par l'emporter dans les bois, illustrant que face au pouvoir, la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Contexte historique

Publiée dans le premier recueil des Fables en 1668, cette fable s'inspire d'Ésope. Elle est écrite sous le règne de Louis XIV, ou la critique du pouvoir absolu doit être voilée sous l'apparence d'un conte animalier. La Fontaine dénonce l'arbitraire et l'injustice des puissants.

Vocabulaire clé

se désaltérer/sə dez.al.te.ʁe/
aventure/a.vɑ̃.tyʁ/
témérité/te.me.ʁi.te/
procès/pʁɔ.sɛ/
breuvage/bʁœ.vaʒ/
Littera