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Proverbe français · Sagesse pratique

« Qui court deux lièvres à la fois n'en prend aucun »

🔥 Sagesse pratique⭐ Niveau 2/5📜 Ancien Régime💬 Littéraire et populaire📊 Fréquence 4/5

Tenter de poursuivre deux objectifs simultanément conduit généralement à l'échec des deux, par manque de concentration et de moyens.

Sens littéral : À la chasse, un chasseur qui tenterait de poursuivre deux lièvres en même temps les verrait s'échapper dans des directions opposées, perdant ainsi toute chance de capture. L'image évoque l'impossibilité physique de cette entreprise.

Sens figuré : Ce proverbe met en garde contre la dispersion des efforts. Il s'applique à toute situation où l'on cherche à atteindre plusieurs buts concurrents sans priorisation, risquant l'échec par manque de focalisation.

Nuances d'usage : Souvent employé dans des contextes professionnels ou éducatifs pour critiquer le multitâche excessif, il peut aussi s'appliquer aux choix de vie personnels. Il souligne l'importance de la séquence et de la spécialisation.

Unicité : Contrairement à des expressions similaires comme "avoir plusieurs fers au feu", qui suggèrent une stratégie de diversification, ce proverbe insiste sur le danger de la simultanéité pure, avec une métaphore animale particulièrement évocatrice et universelle.

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Morale / leçon de vie

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La sagesse réside dans l'art de choisir et de se consacrer pleinement à une voie. La dispersion dilue l'énergie et compromet la réussite, tandis que la concentration maximise les chances d'atteindre ses objectifs.

✨ Étymologie

1) Racines des mots-clés : L'expression repose sur trois termes essentiels. « Courir » vient du latin CURRERE, « se déplacer rapidement », qui a donné « corre » en ancien français vers 1080. « Lièvre » dérive du latin LEPOREM, accusatif de LEPUS, « lièvre », attesté sous la forme « lievre » dès le XIe siècle. « Prendre » provient du latin PREHENDERE, « saisir », devenu « prendre » en ancien français. L'article « deux » vient du latin DUOS, tandis que « aucun » remonte au latin populaire ALIQUIS UNUS, « quelqu'un », qui a évolué vers le sens négatif « pas un » en moyen français. Ces racines latines illustrent la continuité lexicale depuis l'Antiquité. 2) Formation de l'expression : Cette locution s'est formée par métaphore cynégétique, comparant la poursuite simultanée de deux proies à la dispersion des efforts humains. Le processus relève de l'analogie entre chasse et comportement humain. La première attestation écrite remonte au XVIe siècle, chez l'humaniste Érasme dans ses « Adages » (1500), qui cite un proverbe latin similaire : « Duos qui sequitur lepores, neutrum capit ». L'expression s'est figée dans la langue française durant la Renaissance, période de redécouverte des textes antiques et de valorisation des sagesses populaires. 3) Évolution sémantique : À l'origine, le sens était littéral, évoquant la technique de chasse médiévale où courir deux lièvres simultanément menait à l'échec. Dès le XVIIe siècle, avec La Fontaine dans ses « Fables » (1668), l'usage devient pleinement figuré, symbolisant l'impossibilité de mener deux entreprises de front. Le registre est resté soutenu jusqu'au XIXe siècle, puis s'est démocratisé au XXe siècle. Aujourd'hui, l'expression conserve son sens moral d'avertissement contre la dispersion, sans glissement notable, mais avec une connotation parfois ironique dans l'usage contemporain.

Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)Naissance cynégétique

Au Moyen Âge, la chasse au lièvre était une pratique aristocratique codifiée, régie par des traités comme « La Chasse » de Gaston Phébus (1387). Les lièvres, animaux rapides et imprévisibles, exigeaient une poursuite exclusive. Les veneurs utilisaient des lévriers ou chassaient à courre, techniques où la concentration sur une seule proie était cruciale. Dans la société féodale, où la spécialisation des tâches dominait (chevaliers, paysans, artisans), l'idée de ne pas diviser ses efforts était valorisée. La vie quotidienne, rythmée par les saisons agricoles et les obligations seigneuriales, imposait une focalisation des activités. Des proverbes latins médiévaux, transmis par les clercs dans les scriptoria, évoquaient déjà cette sagesse pratique. L'expression émerge ainsi d'un contexte où chasse et morale sociale se mêlaient, préparant son usage figuré.

Renaissance et XVIIe siècleFixation littéraire

Durant la Renaissance, avec la redécouverte des auteurs antiques comme Érasme et ses « Adages », l'expression gagne en popularité parmi les humanistes. Au XVIIe siècle, elle est reprise par Jean de La Fontaine dans « Le Lièvre et la Tortue » (1668), où la morale implicite renforce son sens figuré. Le théâtre classique, notamment chez Molière, l'utilise pour critiquer l'ambition démesurée. L'Académie française, fondée en 1635, standardise la langue et consolide ces expressions proverbiales. Le contexte historique est marqué par l'absolutisme royal et la rationalisation des activités, où la concentration du pouvoir et des efforts est valorisée. L'expression glisse du registre cynégétique à un usage moral et philosophique, symbolisant l'échec par dispersion, dans une société qui prône l'ordre et la mesure, influencée par le cartésianisme.

XXe-XXIe siècleUsage contemporain et adaptations

Aujourd'hui, l'expression reste courante dans la langue française, utilisée dans des contextes variés : presse économique (pour critiquer la diversification excessive des entreprises), éducation (pour conseiller la concentration aux étudiants), et vie quotidienne (dans des conversations informelles). On la rencontre dans les médias numériques, blogs et réseaux sociaux, où elle est parfois adaptée en métaphores modernes, comme « courir deux projets à la fois ». Avec l'ère numérique et la multitâche valorisée, l'expression prend une résonance critique, rappelant les limites de la dispersion attentionnelle. Aucune variante régionale majeure n'existe, mais des équivalents internationaux persistent, comme l'anglais « to run after two hares ». Son sens reste stable, mais son usage s'est étendu à des domaines comme la psychologie du travail ou le management, illustrant la pérennité des sagesses traditionnelles face aux défis contemporains.

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Le saviez-vous ?

Ce proverbe trouve des équivalents dans de nombreuses cultures, comme l'anglais "If you run after two hares, you will catch neither" ou l'espagnol "Quien mucho abarca, poco aprieta". Une anecdote célèbre attribue à Napoléon Bonaparte une adaptation stratégique : il aurait conseillé à ses généraux de ne jamais diviser leurs forces, illustrant le principe militaire derrière cette sagesse populaire.

« J'ai essayé de préparer mon mémoire tout en suivant des cours du soir, mais j'ai échoué aux deux. Comme on dit, qui court deux lièvres à la fois n'en prend aucun. »

🎒 AdoDiscussion entre amis sur la gestion du temps pendant les études

« L'enseignant a rappelé aux élèves que réviser deux matières en même temps sans concentration peut être contre-productif, illustrant ainsi le proverbe. »

📚 ScolaireConseil pédagogique en classe sur les méthodes de travail

« Mon père m'a dit : 'Si tu veux réussir ton potager et ton bricolage, ne fais pas les deux ce week-end, sinon tu risques de tout rater. Qui court deux lièvres...' »

🏠 FamilialConversation lors d'un repas sur l'organisation des tâches domestiques

« Le manager a averti l'équipe : 'Se lancer sur deux projets concurrents sans ressources suffisantes, c'est comme courir deux lièvres à la fois.' »

💼 ProRéunion d'entreprise sur la priorisation des objectifs

🎓 Conseils d'utilisation

Pour appliquer ce proverbe, identifiez clairement vos priorités et évitez le piège du multitâche chronophage. En gestion de projet, privilégiez les objectifs séquentiels plutôt que simultanés. Dans la vie personnelle, apprenez à dire non aux sollicitations superflues. Des techniques comme la matrice d'Eisenhower peuvent aider à distinguer l'urgent de l'important, renforçant ainsi l'efficacité prônée par l'adage.

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Littérature

Dans 'Les Fables' de Jean de La Fontaine (1668), la morale 'Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute' (Le Corbeau et le Renard) partage l'esprit de concentration sur un seul objectif. Bien que La Fontaine n'utilise pas exactement ce proverbe, ses récits mettent souvent en garde contre la dispersion, comme dans 'Le Lièvre et la Tortue' où la précipitation mène à l'échec. Au XIXe siècle, Honoré de Balzac, dans 'La Comédie humaine', illustre cette idée à travers des personnages comme Eugène de Rastignac, qui apprend à se focaliser sur sa ascension sociale plutôt que de poursuivre trop de voies à la fois.

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Cinéma

Dans le film 'Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain' (2001) de Jean-Pierre Jeunet, le personnage titre évite de se disperser en se concentrant sur des actes de bonté précis, contrastant avec ceux qui cherchent trop de choses à la fois. Plus récemment, 'Dunkerque' (2017) de Christopher Nolan montre comment la tentative de sauver tous les soldats simultanément peut mener au chaos, reflétant la sagesse du proverbe. En animation, 'Zootopie' (2016) présente Judy Hopps, une lièvre policière, qui doit apprendre à ne pas poursuivre trop d'enquêtes à la fois pour réussir.

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Musique ou Presse

Dans la chanson 'Je cours' de France Gall (1966), les paroles évoquent la course effrénée vers des buts multiples, rappelant indirectement le proverbe. En presse, un éditorial du 'Monde' (2020) sur la gestion de crise COVID-19 a utilisé cette expression pour critiquer les gouvernements tentant de résoudre trop de problèmes sanitaires et économiques simultanément, soulignant les risques de dilution des efforts. Aussi, dans un article du 'Figaro' sur le multitâche numérique, des experts citent ce dicton pour mettre en garde contre la baisse de productivité.

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Anglais : If you run after two hares, you will catch neither

Cette expression anglaise, attestée depuis le XVIe siècle, partage la même métaphore cynégétique. Elle est souvent utilisée dans des contextes professionnels ou éducatifs pour conseiller la concentration. Par exemple, Benjamin Franklin l'a popularisée dans ses écrits sur la productivité, soulignant l'importance de se focaliser sur une tâche à la fois pour éviter l'échec.

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Espagnol : Quien mucho abarca, poco aprieta

Littéralement 'Qui embrasse trop, étreint peu', ce proverbe espagnol, d'origine médiévale, véhicule une idée similaire de dispersion menant à l'inefficacité. Il est couramment employé dans la langue courante et apparaît dans des œuvres comme 'Don Quichotte' de Cervantes, où il critique les ambitions démesurées. La sagesse populaire hispanique l'utilise pour prôner la modération et la spécialisation.

🇩🇪

Allemand : Wer zwei Hasen auf einmal jagt, fängt keinen

Traduction directe de l'allemand, 'Qui chasse deux lièvres à la fois n'en attrape aucun'. Ce dicton est fréquent dans la culture germanique, reflétant une approche pragmatique et disciplinée. Il est cité dans des manuels de management et des discours politiques, comme ceux d'Angela Merkel, pour encourager la priorisation. Historiquement, il remonte aux traditions de chasse en Europe centrale.

🇮🇹

Italien : Chi troppo vuole, nulla stringe

Signifiant 'Qui veut trop, ne serre rien', ce proverbe italien, issu de la sagesse populaire méditerranéenne, met l'accent sur la modération. Il est présent dans des textes de la Renaissance, comme ceux de Machiavel, qui conseille la concentration du pouvoir. Aujourd'hui, il est utilisé dans des contextes familiaux et professionnels pour avertir contre la gourmandise ou la dispersion des efforts.

🇯🇵

Japonais : 二兎を追う者は一兎をも得ず (Nito o ou mono wa itto o mo ezu)

Cette expression japonaise, littéralement 'Celui qui poursuit deux lièvres n'en attrape même pas un', est un proverbe classique influencé par la pensée bouddhiste sur la concentration. Il est enseigné dans les écoles et utilisé dans les affaires, par exemple dans la philosophie de gestion de Toyota, pour promouvoir l'efficacité. Il apparaît aussi dans la littérature, comme dans les haïkus, pour évoquer la simplicité.

Ce proverbe français, d'origine cynégétique, signifie que tenter d'atteindre deux objectifs simultanément conduit souvent à l'échec des deux. Il met en garde contre la dispersion des efforts, l'impulsivité ou le manque de concentration. Métaphoriquement, les 'lièvres' représentent des buts ou des proies, et 'courir' évoque l'action précipitée. Dans la vie quotidienne, il s'applique à des domaines variés : études, travail, projets personnels. Par exemple, un étudiant qui révise deux matières en même temps sans planification risque de mal maîtriser l'une et l'autre. La sagesse sous-jacente prône la focalisation, la patience et la priorisation pour maximiser les chances de succès.
L'origine de ce proverbe remonte à la tradition cynégétique (chasse) européenne, où la chasse au lièvre était courante. Il est probablement issu de l'observation pratique des chasseurs : poursuivre deux lièvres en même temps les fait fuir dans des directions opposées, menant à la capture d'aucun. Les premières attestations écrites en français datent du XVIIIe siècle, avec des variations comme 'Qui court deux lièvres n'en prendra point' dans des recueils de proverbes. Il a été popularisé au XIXe siècle par des auteurs comme Pierre Larousse dans son dictionnaire, qui l'a intégré à la sagesse populaire. Influencé par des expressions similaires dans d'autres langues (anglais, allemand), il reflète une morale universelle sur l'efficacité, souvent reprise dans la littérature et les discours éducatifs.
Aujourd'hui, ce proverbe est particulièrement pertinent dans des contextes de surcharge informationnelle et de multitâche numérique. En milieu professionnel, il sert à critiquer la tendance à gérer trop de projets à la fois, ce qui peut réduire la productivité et la qualité du travail, comme le montrent des études en management. Dans l'éducation, il est utilisé pour conseiller aux étudiants de se concentrer sur une matière à la fois lors des révisions, évitant ainsi l'échec aux examens. En développement personnel, il encourage la définition d'objectifs clairs et réalisables, plutôt que de poursuivre trop d'ambitions simultanément. Avec l'essor des réseaux sociaux et du travail à distance, où les distractions sont multiples, ce dicton rappelle l'importance de la discipline et de la focalisation pour atteindre ses buts efficacement.
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⚠️ Erreurs à éviter

Une erreur commune est de confondre ce proverbe avec l'idée de diversification stratégique, comme dans "ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier". Ici, il ne s'agit pas de répartir les risques, mais d'éviter la concurrence immédiate des efforts. Autre méprise : croire qu'il interdit toute ambition multiple ; en réalité, il recommande de poursuivre les objectifs l'un après l'autre, pas en parallèle, sous peine d'échec.

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📋 Fiche proverbe
Catégorie

Sagesse pratique

Difficulté

⭐⭐ Facile

Époque

Ancien Régime

Registre

Littéraire et populaire

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