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Expression française · chasse

« Revenir bredouille »

🔥 chasse⭐ Niveau 2/5📜 XVIe siècle💬 courant📊 Fréquence 4/5

Retourner sans avoir obtenu ce que l'on cherchait, après une tentative infructueuse, souvent avec une connotation de déception palpable.

Littéralement, l'expression évoque le retour d'une partie de chasse sans le moindre gibier, le chasseur rentrant les mains vides après des heures d'efforts. Le terme 'bredouille' renforce cette idée de vacuité, suggérant une absence totale de prise. Au sens figuré, elle s'applique à toute situation où l'on échoue à atteindre un objectif concret ou abstrait, qu'il s'agisse d'une négociation commerciale, d'une recherche amoureuse ou d'une démarche administrative. Les nuances d'usage révèlent une expression souvent teintée d'autodérision ou de résignation, employée aussi bien dans des contextes professionnels que personnels. Son unicité réside dans sa capacité à condenser en trois mots toute la frustration d'un échec, avec une évocation sensorielle presque physique de la main vide et du ventre creux.

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Morale / leçon de vie

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L'expression rappelle que l'effort ne garantit pas toujours la récompense, invitant à une humilité face aux aléas de l'existence. Elle souligne aussi la valeur du processus lui-même, au-delà du seul résultat.

✨ Étymologie

L'expression "revenir bredouille" trouve ses racines dans deux termes distincts. "Revenir" provient du latin "revenire", composé du préfixe "re-" (indiquant un retour) et "venire" (venir), attesté dès le XIe siècle sous la forme "revenir" en ancien français. "Bredouille" est plus énigmatique : il dériverait probablement du moyen français "bredouiller" (XIVe siècle), lui-même issu de l'onomatopée "bred-" évoquant un bruit confus ou un bredouillement, avec l'influence possible du picard "bredouiller" (parler vite et mal). Certains étymologistes y voient aussi un lien avec "bredouille" désignant au XVIe siècle une poche vide ou un filet sans prise, via le néerlandais "bredel" (filet) ou l'ancien français "bredouille" (menue monnaie). La formation de l'expression remonte au XVIIe siècle, où elle apparaît dans le langage de la chasse et de la pêche. Le processus est métaphorique : "bredouille" qualifie d'abord le chasseur ou le pêcheur qui revient sans gibier ni poisson, littéralement "avec une besace vide" ou "en bredouillant des excuses". La première attestation écrite connue date de 1640 chez le mémorialiste Tallemant des Réaux, évoquant un noble qui "revint bredouille de la chasse". L'assemblage s'est figé par analogie avec l'échec tangible (poches vides) et l'humiliation verbale (bredouiller des justifications). L'évolution sémantique est marquée par un glissement du concret vers l'abstrait. Au XVIIIe siècle, l'expression quitte progressivement le domaine cynégétique pour désigner tout échec dans une quête : un commerçant qui n'a pas vendu, un diplomate sans accord. Au XIXe siècle, elle entre dans le registre familier et s'étend aux échecs sentimentaux ou professionnels. Le sens figuré moderne (revenir sans avoir obtenu ce qu'on cherchait) s'est stabilisé, perdant presque toute connotation de honte verbale (bredouillement) pour se concentrer sur le résultat nul. Aujourd'hui, elle appartient au français courant, avec une nuance légèrement déceptive mais non vulgaire.

Moyen Âge tardif - XVIe siècleNaissance dans les pratiques cynégétiques

Au cœur de la société féodale et renaissante, la chasse n'est pas qu'un loisir : c'est un marqueur social essentiel pour la noblesse, régi par des codes stricts comme ceux décrits dans le "Livre de la chasse" de Gaston Phébus (1387). Dans les forêts domaniales, les seigneurs organisent des battues monumentales avec fauconniers, veneurs et chiens courants. Revenir sans gibier équivaut à une humiliation publique, surtout lors des chasses royales où Louis XI ou François Ier exhibent leurs prouesses. Parallèlement, les paysans pratiquent une pêche de subsistance avec filets (bredouilles en picard) dans les rivières. Le terme "bredouille" émerge dans ce contexte : il désigne d'abord le filet vide, puis par métonymie le pêcheur déconfit. Les comptes de boucherie médiévaux montrent que le gibier constitue jusqu'à 30% de l'alimentation aristocratique - un échec de chasse a donc des conséquences concrètes. Les chroniqueurs comme Jean Froissart notent déjà l'usage métaphorique de "revenir à vide", préfigurant l'expression.

XVIIe - XVIIIe siècleFixation littéraire et diffusion bourgeoise

Le Grand Siècle voit l'expression s'ancrer dans la langue grâce aux écrivains qui codifient le français. Molière l'emploie dans "L'Avare" (1668) pour moquer un prétendant éconduit : "Il est revenu bredouille de chez la belle". Les moralistes comme La Bruyère l'utilisent pour décrire les échecs mondains dans les salons précieux, où les quêtes de faveurs ou de mariages échouent souvent. La chasse reste un cadre privilégié : dans ses "Mémoires", le duc de Saint-Simon raconte comment Louis XIV rentrait furieux quand la meute perdait la trace du cerf. Mais l'expression se démocratise avec l'essor de la bourgeoisie marchande. Les commerçants parisiens des halles l'adoptent pour parler d'une journée sans vente, comme le note le dictionnaire de Furetière (1690). Au XVIIIe siècle, elle apparaît dans la presse naissante : le "Mercure de France" relate des ambassadeurs "revenus bredouilles" de négociations diplomatiques ratées. Le sens s'élargit : ce n'est plus seulement l'absence de proie, mais tout objectif non atteint. Les Encyclopédistes comme Diderot la citent comme exemple de locution imagée du peuple.

XXe - XXIe sièclePermanence et adaptations modernes

L'expression "revenir bredouille" reste vivace dans le français contemporain, avec une fréquence stable depuis un siècle. Elle appartient au registre courant, employée aussi bien à l'oral qu'à l'écrit. Les médias l'utilisent régulièrement : les journaux titrent "Le candidat revient bredouille des élections", les commentateurs sportifs déplorent qu'une équipe "revienne bredouille d'un tournoi". Dans l'ère numérique, elle s'est adaptée : on parle de "revenir bredouille d'une recherche sur Internet" ou d'un influenceur qui "revient bredouille d'une collaboration". Le sens fondamental (échouer dans une quête) persiste, mais avec des nuances contextuelles : en affaires, elle évoque un échec commercial ; en politique, une mission infructueuse ; dans la vie quotidienne, une course aux courses vaine. Aucune variante régionale majeure n'existe, mais on trouve des équivalents proches comme "revenir les mains vides" (plus neutre) ou "revenir comme un con" (plus vulgaire). L'expression résiste à l'anglicisation, contrairement à d'autres locutions. Elle apparaît même dans des œuvres populaires comme les bandes dessinées d'Astérix ou les films de comédie française, preuve de son ancrage culturel durable.

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Le saviez-vous ?

Au XVIIIe siècle, dans certaines provinces françaises, il existait une coutume appelée 'charivari du bredouille' : lorsqu'un chasseur revenait systématiquement sans gibier, ses voisins organisaient une parade burlesque devant sa maison, avec des casseroles et des moqueries, pour le 'fêter'. Cette pratique, à mi-chemin entre la sanction sociale et la camaraderie, visait à exorciser la malchance par le rire. Elle témoigne de l'importance culturelle de la chasse et de la honte attachée à l'échec, tout en montrant comment une communauté pouvait ritualiser la déconvenue.

Après des heures de négociations tendues avec les investisseurs, le directeur financier est rentré au siège l'air sombre. 'Alors, cette levée de fonds?' a demandé le PDG. 'Nous revenons bredouille, ils ont refusé toutes nos propositions malgré nos concessions. Il va falloir revoir notre stratégie de financement complètement.'

💼 ProRéunion d'affaires après un échec commercial

Le professeur d'histoire a regardé ses élèves déçus après leur visite aux archives municipales. 'Je sais, c'est frustrant de revenir bredouille après cette recherche, mais parfois les sources primaires nous échappent. Cela fait partie du métier d'historien.'

📚 ScolaireRetour d'une sortie pédagogique infructueuse

En rentrant de la pêche, le père a déposé sa canne vide sur le perron. 'Alors, papa, le gros poisson?' a demandé sa fille. 'Rien du tout, mon cœur. On revient bredouille aujourd'hui. La rivière était trop agitée.'

🏠 FamilialRetour d'une activité de loisir sans résultat

Les deux amis sont sortis du concert déçus. 'Tu te rends compte? Faire la queue deux heures pour revenir bredouille! Plus jamais je ne tente le coup sans billet réservé à l'avance.'

🎒 AdoÉchec à obtenir des places pour un événement

🎓 Conseils d'utilisation

Employez cette expression pour souligner un échec concret, surtout quand il y a eu une quête active. Elle convient parfaitement à un récit anecdotique ('Je suis allé à trois entretiens, je suis revenu bredouille') ou à une analyse économique ('L'entreprise a lancé un nouveau produit, mais est revenue bredouille face à la concurrence'). Évitez de l'utiliser pour des échecs abstraits ou philosophiques ; préférez alors 'échouer' ou 'ne pas aboutir'. À l'écrit, elle apporte une touche d'expressivité sans être trop familière. À l'oral, son rythme ternaire la rend facile à mémoriser et à restituer.

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Littérature

Dans 'Le Père Goriot' de Balzac (1835), Rastignac revient souvent bredouille de ses tentatives de séduction dans le monde parisien. Ce motif illustre parfaitement la désillusion du jeune provincial face à une société où les succès sont rares et les échecs fréquents. Balzac utilise cette expression pour souligner l'impuissance de ses personnages face aux mécanismes implacables de la réussite sociale, créant ainsi une métaphore récurrente de l'échec dans 'La Comédie Humaine'.

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Cinéma

Dans 'Le Salaire de la peur' de Henri-Georges Clouzot (1953), les personnages reviennent souvent bredouille de leurs tentatives pour trouver du travail dans la ville pétrolière. Cette répétition d'échecs crée une tension dramatique qui prépare le spectateur à l'acceptation du risque ultime : transporter la nitroglycérine. Le film utilise magistralement cette expression visuelle pour montrer la spirale de désespoir qui pousse les hommes à accepter l'inacceptable.

🎵

Musique ou Presse

Dans la chanson 'Bredouille' de Serge Gainsbourg (1964), le chanteur évoque avec ironie le retour déçu d'une conquête amoureuse avortée. Le texte joue sur le double sens de l'expression, mêlant échec sentimental et frustration existentielle. Parallèlement, le journal 'Le Canard enchaîné' utilise régulièrement l'expression dans ses articles politiques pour décrire les ministres revenant sans résultats de négociations européennes, créant ainsi un leitmotiv journalistique de l'échec gouvernemental.

🇬🇧

Anglais : To come back empty-handed

L'expression anglaise 'to come back empty-handed' partage la même structure métaphorique que la version française, évoquant les mains vides comme symbole d'échec. Cependant, elle est moins spécifiquement liée à la chasse que 'bredouille', qui trouve son origine dans le vocabulaire cynégétique. L'anglais privilégie une image plus universelle de privation, tandis que le français conserve une connotation plus rurale et traditionnelle.

🇪🇸

Espagnol : Volver con las manos vacías

L'espagnol 'volver con las manos vacías' correspond exactement à la traduction littérale de l'expression française. Cette similitude témoigne d'une racine culturelle commune dans les sociétés méditerranéennes où le geste des mains vides possède une forte charge symbolique. La construction syntaxique est identique, révélant une parenté linguistique évidente entre les deux langues romanes sur ce point précis.

🇩🇪

Allemand : Mit leeren Händen zurückkommen

L'allemand 'mit leeren Händen zurückkommen' présente une structure plus analytique que le français, avec la préposition 'mit' explicitant l'instrument. Cette construction reflète la tendance germanique à la précision grammaticale. L'image des mains vides ('leeren Händen') est commune, mais l'expression manque de la concision de 'bredouille', nécessitant quatre mots contre deux en français pour exprimer la même idée.

🇮🇹

Italien : Tornare a mani vuote

L'italien 'tornare a mani vuote' conserve la même métaphore corporelle que le français, mais avec une syntaxe légèrement différente utilisant la préposition 'a'. Cette expression appartient au registre courant comme en français, mais possède une musicalité typiquement italienne avec l'allitération en 't'. Elle partage avec l'espagnol et le français cette vision méditerranéenne de l'échec comme privation tangible.

🇯🇵

Japonais : 空手で帰る (Karate de kaeru)

L'expression japonaise '空手で帰る' (littéralement 'retourner les mains vides') utilise le même kanji 空手 que l'art martial 'karaté', signifiant originellement 'main vide'. Cette coïncidence linguistique crée un intéressant parallèle culturel : là où le français évoque spécifiquement la chasse, le japonais suggère plutôt l'idée de désarmement ou de vulnérabilité. L'expression reflète une conception de l'échec comme état de dénuement plutôt que simple absence de résultat.

L'expression 'revenir bredouille' signifie rentrer sans avoir obtenu le résultat escompté, en échouant dans sa quête ou sa tentative. Originaire du vocabulaire de la chasse (où 'bredouille' désignait le chasseur qui n'avait rien tué), elle s'est étendue à tous les domaines de l'existence. Au-delà du simple échec, elle implique une dimension de déception active, suggérant un investissement préalable suivi d'un retour décevant. L'expression connote souvent une certaine amertume ou frustration, distinguant l'échec passif de l'échec après effort.
L'origine de 'revenir bredouille' remonte au XVIe siècle dans le langage cynégétique. 'Bredouille' dériverait de l'ancien français 'bredouiller' (parler confusément) par extension métaphorique : le chasseur déçu aurait un discours hésitant pour justifier son échec. Une autre hypothèse le fait provenir de 'bredouiller' au sens de 'manger goulûment', le chasseur sans gibier n'ayant rien à dévorer. L'expression s'est lexicalisée au XVIIe siècle avec les moralistes comme La Fontaine, qui l'utilisent dans des contextes tant concrets que métaphoriques, établissant son usage moderne.
Absolument. Bien que fondamentalement négative, 'revenir bredouille' connaît des emplois ironiques ou positifs dans certains contextes littéraires ou conversationnels. Un écrivain peut l'utiliser pour décrire un personnage heureux d'avoir échoué (par exemple dans une tentative malhonnête). Dans le langage courant, l'ironie naît souvent du décalage entre l'échec annoncé et son insignifiance réelle : 'Je suis allé acheter le dernier roman prix Goncourt, mais je reviens bredouille - ils étaient en rupture !' Cette flexibilité sémantique témoigne de la vitalité de l'expression dans le français contemporain.
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⚠️ Erreurs à éviter

1) Ne pas confondre avec 'revenir les mains vides', qui est plus général et moins imagé. 'Bredouille' implique une tentative active, une quête. 2) Éviter de l'employer pour des échecs mineurs ou routiniers ; elle suppose un certain investissement préalable. Par exemple, dire 'Je suis allé chercher du pain, je suis revenu bredouille' est excessif. 3) Ne pas l'utiliser au sens positif ou ironique sans contexte clair. L'expression porte une connotation négative ; un détournement ('Revenir bredouille, mais le cœur léger') nécessite une construction rhétorique soignée pour éviter la contradiction.

📋 Fiche expression
Catégorie

chasse

Difficulté

⭐⭐ Facile

Époque

XVIe siècle

Registre

courant

Dans quel contexte historique l'expression 'revenir bredouille' est-elle apparue avec une signification particulièrement dramatique ?

🃏 Flashcard1/4

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Retourner sans avoir obtenu ce que l'on cherchait, après une tentative infructueuse, souvent avec une connotation de déception palpable.

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