Cette expression designe un sentiment interieur de honte, plus intense et personnel que la simple gene. Elle implique une remise en question de soi-meme, souvent apres avoir commis une faute ou agi contrairement a ses propres valeurs. C'est une honte qui touche a l'identite et a l'estime de soi, pouvant mener a un desir de se cacher ou de se racheter.
L'expression 'avoir honte de soi' plonge ses racines dans la conception chretienne medievale de la honte, distincte de la simple culpabilite. Au Moyen Age, la theologie distingue la 'honte objective' (la faute devant Dieu) de la 'honte subjective' (le sentiment interieur). L'idee de 'honte de soi' emerge progressivement entre les XIIe et XIVe siecles, notamment dans la litterature de confession et les traites moraux. Elle se developpe dans un contexte ou l'interiorite et l'examen de conscience prennent de l'importance, sous l'influence des ordres mendiants (Franciscains, Dominicains). Le 'soi' ici n'est pas l'ego moderne, mais l'ame face a sa propre degradation morale. L'expression se secularise a partir de la Renaissance, notamment avec Montaigne qui, dans ses 'Essais', explore ce sentiment face a la condition humaine. Au XVIIe siecle, les moralistes comme La Rochefoucauld en font une analyse psychologique fine. Le sens moderne, plus psychologique que theologique, se fixe au XVIIIe et XIXe siecles, avec le developpement du roman psychologique (ex: 'Les Liaisons dangereuses').
Exemple 1: Apres avoir menti a son meilleur ami, il a vraiment honte de lui.
Exemple 2: En voyant le desastre cause par son erreur de calcul, l'ingenieur eut soudain honte de lui.
Exemple 3: La mere eut honte d'elle en realisant qu'elle avait crie sur son enfant pour une broutille.
Exemple 4: Ce n'est pas de la timidite, c'est plus profond : il a honte de lui et de son passe.
Exemple 5: '- Tu devrais t'excuser.' - 'Je le sais, mais j'ai tellement honte de moi que je n'ose pas le regarder en face.'
