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Expression française · locution verbale

« Courir deux lièvres à la fois »

🔥 locution verbale⭐ Niveau 2/5📜 XVIe siècle à aujourd'hui💬 courant📊 Fréquence 4/5

Tenter de réaliser deux objectifs simultanément, au risque de n'en atteindre aucun, par manque de concentration ou de moyens.

Littéralement, l'image évoque un chasseur poursuivant deux lièvres en même temps, une entreprise vouée à l'échec car ces animaux rapides et imprévisibles s'enfuient dans des directions opposées. Au sens figuré, l'expression critique ceux qui dispersent leurs efforts sur plusieurs projets concurrents, diluant ainsi leur énergie et compromettant leur succès. Dans l'usage, elle s'applique souvent aux domaines professionnels ou personnels où la priorisation est cruciale, soulignant les dangers de la surcharge cognitive ou de l'ambition démesurée. Son unicité réside dans sa concision métaphorique, qui condense en une phrase une sagesse pratique ancestrale, contrastant avec des synonymes plus abstraits comme « être trop gourmand ».

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Morale / leçon de vie

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La concentration sur un but unique est souvent la clé de l'efficacité et de la réussite. L'expression rappelle que l'avidité ou l'impatience peuvent mener à la frustration, invitant à cultiver la patience et la persévérance dans ses entreprises.

✨ Étymologie

1) Racines des mots-clés : Le verbe « courir » provient du latin « currere » (se déplacer rapidement, parcourir), attesté dès le IXe siècle sous la forme « corre » en ancien français, évoluant vers « courir » au XIIe siècle avec l'influence du francique « kūrjan » (se hâter). « Deux » vient du latin « duos », accusatif de « duo », conservé presque inchangé depuis le latin vulgaire. « Lièvres » dérive du latin « leporem », accusatif de « lepus » (lièvre), devenu « lievre » en ancien français vers 1100, avec l'ajout de l'accent circonflexe marquant la disparition du « s » au XVIIIe siècle. « À la fois » combine la préposition « à » (du latin « ad ») et « fois » (du latin « vicem », accusatif de « vicis » signifiant tour, occasion), apparue au XIe siècle comme « feiz » en ancien français. 2) Formation de l'expression : Cette locution figée s'est constituée par métaphore cynégétique, comparant la poursuite simultanée de deux proies à la tentative de mener de front plusieurs entreprises. Le processus linguistique repose sur l'analogie avec la chasse au lièvre, animal réputé rapide et imprévisible, rendant sa capture déjà difficile individuellement. La première attestation connue remonte au XVIe siècle, dans les « Proverbes français » de Gilles Corrozet (1547), où elle apparaît sous la forme « courir deux lièvres à la fois ». Elle s'inscrit dans la tradition des proverbes animaliers médiévaux, utilisant l'image concrète de la chasse pour illustrer un précepte moral sur la dispersion des efforts. 3) Évolution sémantique : À l'origine, l'expression avait un sens littéral lié aux pratiques de vénerie, évoquant l'inefficacité du chasseur qui tente de poursuivre deux gibiers simultanément. Dès le XVIIe siècle, elle glisse vers un sens figuré général, popularisée par les moralistes comme La Fontaine dans ses Fables (1668-1694), où elle symbolise l'imprudence de vouloir tout entreprendre à la fois. Au XVIIIe siècle, elle entre dans le registre de la langue courante, perdant sa connotation strictement cynégétique pour désigner toute tentative malavisée de multitâche. Aujourd'hui, elle conserve ce sens figuré, avec une nuance d'avertissement contre la dispersion, sans changement majeur de registre depuis son figement.

Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)Racines cynégétiques médiévales

Au Moyen Âge, la chasse au lièvre était une pratique courante dans la société féodale, réservée aux nobles et réglementée par des codes stricts comme ceux de la vénerie. Les lièvres, abondants dans les campagnes françaises, étaient chassés à courre avec des lévriers ou au vol avec des faucons, techniques exigeant concentration et patience. La vie quotidienne était rythmée par les activités agricoles et cynégétiques, où la capture du gibier représentait à la fois un loisir aristocratique et une source de nourriture. Les traités de chasse, comme celui de Gaston Phébus au XIVe siècle, décrivaient minutieusement les techniques, soulignant que poursuivre plusieurs animaux à la fois menait immanquablement à l'échec. C'est dans ce contexte que naquit l'image concrète de « courir deux lièvres », reflétant l'expérience pratique des chasseurs et les valeurs médiévales de prudence et de spécialisation. Les proverbes animaliers, transmis oralement par les trouvères et les chroniqueurs, utilisaient souvent ces métaphores pour enseigner des leçons morales, préparant le terrain pour la fixation écrite de l'expression à la Renaissance.

Renaissance au XVIIIe siècleFixation littéraire et popularisation

Durant la Renaissance, l'expression « courir deux lièvres à la fois » se fixe dans la langue écrite grâce aux recueils de proverbes, comme ceux de Gilles Corrozet (1547) et d'Antoine Oudin (1656), qui la citent comme un adage avertissant contre la dispersion. Au XVIIe siècle, elle est popularisée par les moralistes et les fabulistes : Jean de La Fontaine l'emploie implicitement dans ses Fables (par exemple dans « Le Lièvre et la Tortue », 1668), renforçant son sens figuré de mise en garde contre l'ambition démesurée. Le théâtre classique, notamment chez Molière, l'utilise sporadiquement pour critiquer les personnages trop entreprenants. Au Siècle des Lumières, l'expression entre dans l'usage courant, perdant son lien exclusif avec la chasse pour s'appliquer à divers domaines comme le commerce, la politique ou les arts. Les encyclopédistes comme Diderot la mentionnent dans des contextes philosophiques, illustrant les dangers du manque de focus. Ce glissement sémantique accompagne l'urbanisation croissante, où la métaphore cynégétique reste compréhensible mais prend une portée universelle sur l'inefficacité du multitâche.

XXe-XXIe siècle

Aujourd'hui, l'expression « courir deux lièvres à la fois » reste vivace dans la langue française, utilisée dans des registres variés allant du langage courant aux médias et à la littérature. On la rencontre fréquemment dans la presse écrite et en ligne (par exemple dans Le Monde ou sur des sites d'actualité), pour critiquer des stratégies politiques ou économiques jugées trop dispersées, ainsi que dans le monde professionnel pour déconseiller le multitâche excessif. Avec l'ère numérique, elle a pris une résonance particulière, s'appliquant aux tentatives de gérer simultanément multiples projets ou réseaux sociaux, bien que son sens fondamental n'ait pas changé. Des variantes régionales existent, comme en Belgique où l'on dit parfois « chasser deux lièvres à la fois », mais l'expression standard domine. Internationalement, des équivalents directs se trouvent dans d'autres langues (ex. : « to run after two hares » en anglais), témoignant de sa diffusion culturelle. Elle figure encore dans les dictionnaires de proverbes et est enseignée dans les cours de français, perpétuant sa fonction d'avertissement contre la dilution des efforts.

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Le saviez-vous ?

Une variante rare, « courir le lièvre et le renard », existait au Moyen Âge, mais elle a disparu au profit de la version actuelle, plus concise et évocatrice. Curieusement, des proverbes similaires se retrouvent dans d'autres cultures, comme l'anglais « to run after two hares » ou l'allemand « zwei Hasen auf einmal jagen », suggérant une sagesse universelle sur les limites humaines, bien que l'expression française soit souvent citée pour son élégance et sa clarté proverbiale.

« Tu prétends finaliser ton mémoire tout en lançant ta start-up ? Mon cher, tu cours deux lièvres à la fois. L'excellence académique et l'entrepreneuriat exigent chacun un engagement total – cette dispersion te condamne à l'échec sur les deux fronts. »

🎒 AdoDialogue entre un étudiant ambitieux et son mentor universitaire

« Les élèves qui préparent simultanément le concours de Sciences Po et le baccalauréat avec option internationale courent deux lièvres à la fois. Cette double exigence, sans méthodologie rigoureuse, compromet souvent les résultats aux deux examens. »

📚 ScolaireConseil d'orientation dans un lycée prestigieux

« Chéri, vouloir rénover entièrement la maison tout en planifiant un tour du monde en van, c'est courir deux lièvres à la fois. Nos ressources – financières et émotionnelles – ne supporteront pas cette dualité d'engagements majeurs. »

🏠 FamilialDiscussion conjugale sur des projets de vie concurrents

« Notre concurrent tente de dominer à la fois le marché du luxe et celui de la grande distribution – il court deux lièvres à la fois. Cette stratégie dilue son positionnement et affaiblit sa marque sur les deux segments. »

💼 ProAnalyse stratégique en comité de direction

🎓 Conseils d'utilisation

Utilisez cette expression dans des contextes formels ou informels pour critiquer doucement une approche trop dispersée. Elle convient particulièrement aux discours sur la gestion de projet, l'éducation ou la vie personnelle. Évitez de l'employer dans des situations trop techniques ; privilégiez des synonymes comme « se disperser » si besoin de plus de neutralité. Pour renforcer son impact, associez-la à des exemples concrets, comme un entrepreneur tentant de lancer deux startups simultanément.

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Littérature

Dans « Le Rouge et le Noir » de Stendhal (1830), Julien Sorel incarne magistralement cette dualité impossible. Le protagoniste tente simultanément de conquérir la haute société parisienne tout en préservant son intégrité révolutionnaire – deux lièvres qu'il poursuit avec une énergie tragique. Stendhal démontre comment cette course simultanée mène inévitablement à l'échec social et moral, illustrant le conflit entre ambition et authenticité dans la France post-révolutionnaire.

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Cinéma

Le film « Le Professionnel » de Georges Lautner (1981) avec Jean-Paul Belmondo présente un agent secret qui tente de mener de front une mission officielle et une vengeance personnelle. Cette double quête – professionnelle et émotionnelle – illustre parfaitement l'expression, montrant comment la poursuite simultanée de deux objectifs contradictoires entraîne des complications narratives et un dénouement fatal. La tension entre devoir et passion structure tout le récit cinématographique.

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Musique ou Presse

Dans la chanson « Je cours » de Charles Aznavour (1978), le narrateur évoque métaphoriquement cette course épuisante après des objectifs multiples. Les paroles « Je cours après le temps, je cours après l'amour » traduisent cette quête simultanée de réussite temporelle et affective. Parallèlement, le journal « Le Monde » utilise régulièrement cette expression dans ses éditoriaux économiques pour critiquer les entreprises tentant de conquérir plusieurs marchés sans concentration stratégique suffisante.

🇬🇧

Anglais : To run after two hares

L'expression anglaise conserve l'image cynégétique originelle mais s'emploie plus rarement que son équivalent français. On lui préfère souvent « to have too many irons in the fire » (littéralement : avoir trop de fers au feu), qui insiste sur la surcharge plutôt que sur l'incompatibilité des objectifs. La version britannique souligne davantage l'aspect futile de la poursuite que son danger stratégique.

🇪🇸

Espagnol : Quien mucho abarca, poco aprieta

L'espagnol opte pour une métaphore manuelle différente : « Qui embrasse trop, étreint mal ». Cette variante met l'accent sur la perte d'efficacité due à la dispersion, plutôt que sur la poursuite animale. Elle reflète une sagesse populaire ibérique plus pragmatique, insistant sur les conséquences pratiques plutôt que sur le caractère illusoire de l'entreprise.

🇩🇪

Allemand : Zwei Hasen auf einmal jagen

L'allemand reproduit littéralement l'image française avec une précision linguistique remarquable. Cette fidélité sémantique témoigne d'un héritage culturel commun en Europe centrale. L'expression est fréquemment utilisée dans le management germanique pour critiquer le manque de focus stratégique, avec une connotation légèrement plus technique que sa version française.

🇮🇹

Italien : Prendere due piccioni con una fava

L'italien inverse paradoxalement la perspective avec « prendre deux pigeons avec une fève ». Cette formulation positive masque en réalité la même critique : la tentative simultanée est présentée comme une économie de moyens illusoire. La langue transalpine joue ainsi sur l'ironie, suggérant que cette prétendue efficacité mène généralement à l'échec des deux entreprises.

🇯🇵

Japonais : 二兎を追う者は一兎をも得ず (Nito o ou mono wa itto o mo ezu)

Le proverbe japonais « Celui qui poursuit deux lièvres n'en attrape aucun » présente une similitude frappante avec l'expression française, tant dans l'image que dans la morale. Cette convergence interculturelle suggère une sagesse universelle sur les limites de la multitâche. La version nippone insiste particulièrement sur le résultat nul, avec une formulation plus définitive et moins métaphorique que l'occidentale.

Cette expression française désigne la tentative simultanée d'atteindre deux objectifs distincts, généralement ambitieux ou contradictoires, avec la forte probabilité de n'en réaliser aucun. Elle s'applique particulièrement aux situations où la dispersion des efforts, le manque de concentration ou l'incompatibilité des buts compromettent la réussite. Métaphoriquement issue du monde cynégétique, elle critique l'absence de priorisation et l'illusion de pouvoir tout mener de front. Son usage couvre des domaines variés : stratégie d'entreprise, projets personnels, décisions politiques ou choix de vie, toujours avec cette connotation d'échec anticipé par excès d'ambition non structurée.
L'expression trouve ses racines dans les pratiques cynégétiques médiévales, où la poursuite simultanée de deux gibiers était considérée comme une erreur technique menant immanquablement à la perte des deux proies. Les premiers usages attestés remontent au XVIe siècle dans des traités de vénerie, avant de se populariser au XVIIIe siècle dans le langage courant. Elle s'inscrit dans une tradition de sagesse populaire européenne, partagée avec d'autres cultures comme le montre l'équivalent japonais. La permanence de cette métaphore sur cinq siècles témoigne de sa pertinence anthropologique pour décrire une tendance humaine universelle à la surcharge cognitive et stratégique.
Ironiquement, l'expression connaît un regain de pertinence à l'ère du multitâche numérique. Alors que les technologies encouragent la simultanéité des activités, les neurosciences démontrent que le cerveau humain n'est pas conçu pour un vrai multitâche efficace. Les études en productivité montrent que le « switching » entre tâches réduit l'efficacité de 40%. Ainsi, « courir deux lièvres à la fois » devient une critique actuelle des illusions de la productivité numérique, rappelant que la concentration séquentielle reste supérieure à la dispersion simultanée. L'expression évolue donc pour dénoncer les mythes modernes de l'hyper-connexion et de la surcharge informationnelle.
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⚠️ Erreurs à éviter

1. Confondre avec « avoir plusieurs fers au feu », qui implique une diversification prudente et non un échec assuré. 2. L'utiliser pour décrire simplement une personne occupée, sans souligner le risque d'échec. 3. Oublier son registre critique : elle ne doit pas être employée de manière positive, sauf ironiquement, car elle porte une connotation négative de gaspillage d'énergie.

📋 Fiche expression
Catégorie

locution verbale

Difficulté

⭐⭐ Facile

Époque

XVIe siècle à aujourd'hui

Registre

courant

Dans quel contexte historique l'expression « Courir deux lièvres à la fois » a-t-elle connu un regain d'usage significatif ?

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« Courir deux lièvres à la fois »

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