Expression française · Expression figée
« Mettre à l'index »
Exclure, censurer ou condamner publiquement une personne, une idée ou une œuvre, souvent par une autorité morale ou institutionnelle.
L'expression « mettre à l'index » désigne l'action de placer quelque chose ou quelqu'un sur une liste noire, entraînant son exclusion ou sa condamnation. Au sens littéral, elle renvoie à l'Index librorum prohibitorum, un catalogue établi par l'Église catholique listant les livres interdits pour leur contenu jugé hérétique ou immoral, avec des conséquences concrètes comme la censure ou l'excommunication. Figurément, elle signifie condamner ou rejeter une personne, une idée ou une pratique, souvent de manière officielle ou collective, par exemple dans des contextes politiques, académiques ou sociaux où une autorité décrète ce qui est inacceptable. Les nuances d'usage incluent son emploi pour critiquer des décisions perçues comme arbitraires ou dogmatiques, soulignant un aspect de contrôle idéologique, comme dans les débats sur la liberté d'expression ou la cancel culture. Son unicité réside dans son lien historique avec l'Inquisition et la censure religieuse, lui conférant une gravité particulière qui évoque des enjeux de pouvoir, d'orthodoxie et de répression, distincte d'expressions plus neutres comme « boycotter » ou « critiquer ».
✨ Étymologie
L'expression « mettre à l'index » trouve ses racines dans le latin « index », signifiant « indicateur » ou « liste », et dans le contexte ecclésiastique de l'Index librorum prohibitorum, institué par l'Église catholique au XVIe siècle pour cataloguer les ouvrages interdits. La formation de l'expression s'est cristallisée au XIXe siècle, lorsque l'usage figuré a émergé dans le langage courant, dérivant de la pratique concrète d'inscrire des livres sur cet index, symbolisant ainsi une condamnation officielle et publique. L'évolution sémantique a vu l'expression s'étendre au-delà du religieux pour désigner toute forme de mise à l'écart ou de censure, par exemple dans des domaines politiques ou sociaux, reflétant des préoccupations modernes sur l'orthodoxie et l'exclusion, tout en conservant sa connotation historique de gravité et d'autorité.
1559 — Création de l'Index librorum prohibitorum
L'Index librorum prohibitorum est officiellement établi par le pape Paul IV, dans le contexte de la Contre-Réforme catholique visant à combattre l'hérésie protestante. Cette liste de livres interdits, gérée par la Congrégation de l'Inquisition, symbolise un contrôle strict sur la diffusion des idées, avec des conséquences graves pour les auteurs et lecteurs, y compris l'excommunication. Elle reflète les tensions religieuses et politiques de l'époque, où l'Église cherchait à maintenir son autorité face aux mouvements réformateurs et aux avancées de l'imprimerie.
XIXe siècle — Émergence de l'usage figuré
Au XIXe siècle, l'expression « mettre à l'index » commence à être employée de manière métaphorique en français, notamment dans les milieux littéraires et politiques. Cette période, marquée par des débats sur la liberté d'expression et la laïcisation, voit l'expression s'étendre pour critiquer des censures non religieuses, comme celles exercées par des gouvernements ou des institutions académiques. Elle devient un outil rhétorique pour dénoncer des exclusions perçues comme arbitraires, illustrant l'évolution des sociétés vers une plus grande vigilance contre les dogmatismes.
1966 — Abolition de l'Index librorum prohibitorum
L'Index librorum prohibitorum est officiellement aboli par le pape Paul VI, dans le sillage du concile Vatican II qui modernise l'Église catholique. Cette décision marque la fin de son usage institutionnel, mais l'expression « mettre à l'index » perdure dans le langage courant, témoignant de son ancrage culturel. Elle continue d'être utilisée pour évoquer des condamnations morales ou sociales, par exemple dans les médias ou les débats publics, montrant comment une pratique historique peut survivre sous forme d'expression symbolique.
Le saviez-vous ?
Saviez-vous que l'Index librorum prohibitorum incluait des œuvres de grands penseurs comme Galilée, Descartes et Voltaire, mais aussi des textes jugés immoraux ou subversifs ? Ironiquement, certains livres interdits sont devenus des classiques, et l'expression « mettre à l'index » est parfois utilisée de manière humoristique ou auto-dérisoire, par exemple pour critiquer des tendances à la censure dans les réseaux sociaux, montrant comment un outil de répression peut se transformer en métaphore critique.
“« Tu as vu ? La nouvelle pièce de théâtre a été mise à l'index par la municipalité. Ils prétendent qu'elle trouble l'ordre public, mais c'est clairement une censure politique. » « Effectivement, c'est inquiétant. Quand on commence à interdire des œuvres sous prétexte de moralité, on glisse vers l'autoritarisme. »”
“« Le proviseur a décidé de mettre à l'index certains manuels jugés trop polémiques. » « Cela soulève des questions sur la liberté pédagogique. »”
“« Depuis son livre controversé, l'auteur est mis à l'index par une partie de la famille. » « Les repas deviennent tendus, car on évite d'aborder le sujet. »”
“« Suite à l'affaire, l'entreprise a mis à l'index ce fournisseur pour non-respect des normes éthiques. » « Une décision nécessaire pour préserver notre réputation. »”
🎓 Conseils d'utilisation
Utilisez « mettre à l'index » dans des contextes formels ou littéraires pour évoquer une condamnation grave et institutionnelle, par exemple dans des analyses politiques, historiques ou sociales. Évitez de l'employer pour des situations triviales ; privilégiez des alternatives comme « critiquer » ou « rejeter » pour des désaccords mineurs. Assurez-vous que le ton corresponde à la gravité de l'expression, en soulignant souvent son aspect collectif ou autoritaire, par exemple dans des débats sur la censure ou l'exclusion idéologique.
Littérature
Dans « Les Misérables » de Victor Hugo (1862), l'évêque Myriel défend Jean Valjean malgré son statut de bagnard, s'opposant à une société qui le mettrait à l'index. Hugo critique ainsi l'ostracisme social et religieux, thème récurrent dans son œuvre. L'Index librorum prohibitorum, établi par l'Église catholique en 1559, a interdit des auteurs comme Diderot ou Voltaire, illustrant l'impact historique de cette pratique sur la littérature.
Cinéma
Dans « La Liste de Schindler » (1993) de Steven Spielberg, les Juifs sont systématiquement exclus et persécutés par le régime nazi, une forme extrême de mise à l'index. Le film montre comment des listes peuvent être utilisées pour ostraciser des groupes entiers. En France, la censure cinématographique a parfois mis à l'index des films jugés immoraux, comme certaines œuvres de la Nouvelle Vague dans les années 1960.
Musique ou Presse
En musique, le groupe punk britannique Sex Pistols a été mis à l'index par la BBC dans les années 1970 pour ses paroles subversives, limitant sa diffusion. Dans la presse, l'affaire Dreyfus (1894-1906) a vu le capitaine Alfred Dreyfus ostracisé et condamné sur des bases antisémites, un exemple historique de mise à l'index médiatique et judiciaire qui a divisé la France.
Anglais : To blacklist
« To blacklist » signifie inscrire sur une liste noire pour interdire ou boycotter, similaire à « mettre à l'index » par son aspect systématique. Cependant, « to blacklist » est plus courant dans des contextes professionnels ou sécuritaires, tandis que l'expression française a une connotation historique et morale plus marquée, liée à la censure religieuse.
Espagnol : Poner en el índice
« Poner en el índice » est une traduction directe, utilisée dans des contextes similaires de censure ou d'interdiction. En Espagne, l'Inquisition a historiquement pratiqué cette forme d'ostracisme, donnant à l'expression une résonance comparable à celle du français. Elle est moins fréquente que « prohibir » (interdire) dans l'usage courant.
Allemand : Auf den Index setzen
« Auf den Index setzen » est l'équivalent allemand, employé pour décrire l'interdiction officielle de livres ou d'idées. L'Allemagne a connu des épisodes de mise à l'index, notamment sous le régime nazi avec la liste des « écrits nuisibles ». L'expression conserve une nuance institutionnelle et historique, proche du français.
Italien : Mettere all'indice
« Mettere all'indice » est identique à l'expression française, reflétant l'héritage commun de l'Index librorum prohibitorum de l'Église catholique, basé à Rome. En Italie, elle évoque souvent la censure religieuse ou politique, et est utilisée dans des débats sur la liberté d'expression, avec une connotation similaire à celle du français.
Japonais : インデックスに入れる (Indekkusu ni ireru)
« インデックスに入れる » est un calque de l'expression française, utilisé dans des contextes de censure ou de liste noire, notamment en informatique ou en gestion. Cependant, le japonais possède aussi des termes comme 禁止する (kinshi suru, interdire) pour des prohibitions générales. L'expression reflète une influence occidentale et est moins ancrée historiquement que dans les langues européennes.
⚠️ Erreurs à éviter
Trois erreurs courantes : 1) Confondre avec « mettre à l'écart », qui est plus neutre et moins chargé historiquement ; « mettre à l'index » implique une condamnation officielle. 2) L'utiliser pour des situations personnelles ou anodines, ce qui peut sembler exagéré ; réservez-la pour des contextes où une autorité ou un groupe impose une exclusion. 3) Oublier son origine religieuse, perdant ainsi la nuance de gravité et d'orthodoxie ; rappelez son lien avec l'Index pour enrichir son sens dans des discussions sur la liberté ou la répression.
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⭐⭐ Facile
XIXe siècle
Soutenu
Laquelle de ces pratiques historiques est directement liée à l'origine de l'expression « mettre à l'index » ?
1559 — Création de l'Index librorum prohibitorum
L'Index librorum prohibitorum est officiellement établi par le pape Paul IV, dans le contexte de la Contre-Réforme catholique visant à combattre l'hérésie protestante. Cette liste de livres interdits, gérée par la Congrégation de l'Inquisition, symbolise un contrôle strict sur la diffusion des idées, avec des conséquences graves pour les auteurs et lecteurs, y compris l'excommunication. Elle reflète les tensions religieuses et politiques de l'époque, où l'Église cherchait à maintenir son autorité face aux mouvements réformateurs et aux avancées de l'imprimerie.
XIXe siècle — Émergence de l'usage figuré
Au XIXe siècle, l'expression « mettre à l'index » commence à être employée de manière métaphorique en français, notamment dans les milieux littéraires et politiques. Cette période, marquée par des débats sur la liberté d'expression et la laïcisation, voit l'expression s'étendre pour critiquer des censures non religieuses, comme celles exercées par des gouvernements ou des institutions académiques. Elle devient un outil rhétorique pour dénoncer des exclusions perçues comme arbitraires, illustrant l'évolution des sociétés vers une plus grande vigilance contre les dogmatismes.
1966 — Abolition de l'Index librorum prohibitorum
L'Index librorum prohibitorum est officiellement aboli par le pape Paul VI, dans le sillage du concile Vatican II qui modernise l'Église catholique. Cette décision marque la fin de son usage institutionnel, mais l'expression « mettre à l'index » perdure dans le langage courant, témoignant de son ancrage culturel. Elle continue d'être utilisée pour évoquer des condamnations morales ou sociales, par exemple dans les médias ou les débats publics, montrant comment une pratique historique peut survivre sous forme d'expression symbolique.
Le saviez-vous ?
Saviez-vous que l'Index librorum prohibitorum incluait des œuvres de grands penseurs comme Galilée, Descartes et Voltaire, mais aussi des textes jugés immoraux ou subversifs ? Ironiquement, certains livres interdits sont devenus des classiques, et l'expression « mettre à l'index » est parfois utilisée de manière humoristique ou auto-dérisoire, par exemple pour critiquer des tendances à la censure dans les réseaux sociaux, montrant comment un outil de répression peut se transformer en métaphore critique.
⚠️ Erreurs à éviter
Trois erreurs courantes : 1) Confondre avec « mettre à l'écart », qui est plus neutre et moins chargé historiquement ; « mettre à l'index » implique une condamnation officielle. 2) L'utiliser pour des situations personnelles ou anodines, ce qui peut sembler exagéré ; réservez-la pour des contextes où une autorité ou un groupe impose une exclusion. 3) Oublier son origine religieuse, perdant ainsi la nuance de gravité et d'orthodoxie ; rappelez son lien avec l'Index pour enrichir son sens dans des discussions sur la liberté ou la répression.
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