Expression française · locution verbale
« Remettre à plus tard »
Différer une action, une décision ou un événement à un moment ultérieur, souvent par paresse, prudence ou manque d'urgence.
Sens littéral : L'expression désigne l'acte concret de déplacer dans le temps un objet, une tâche ou un rendez-vous. Elle implique un report effectif, comme remettre un livre à la bibliothèque plus tard ou décaler une réunion.
Sens figuré : Métaphoriquement, elle évoque la procrastination ou la temporisation stratégique. Elle peut traduire une volonté d'éviter l'immédiateté, que ce soit par négligence (« je remets le ménage à plus tard ») ou par réflexion (« je remets ma décision à plus tard »).
Nuances d'usage : Employée dans des contextes variés, elle oscille entre la connotation négative (paresse, fuite des responsabilités) et positive (prudence, maturation). En management, elle peut indiquer une priorisation ; en psychologie, un mécanisme de défense.
Unicité : Contrairement à des synonymes comme « retarder » (plus neutre) ou « atermoyer » (péjoratif), « remettre à plus tard » garde une ambiguïté fertile, mêlant action (remettre) et temporalité indéfinie (plus tard), ce qui en fait un outil linguistique polyvalent pour exprimer l'ajournement humain.
✨ Étymologie
1) Racines des mots-clés — L'expression "remettre à plus tard" repose sur deux termes fondamentaux. "Remettre" provient du latin classique "remittere", composé du préfixe "re-" (indiquant répétition ou retour en arrière) et de "mittere" (envoyer, lâcher). En ancien français (XIe-XIIe siècles), il apparaît sous les formes "remetre" ou "remettre", conservant le sens de "renvoyer, reporter". Le mot "tard" dérive du latin "tardus" (lent, tardif), attesté dès l'Antiquité avec des connotations de lenteur physique et temporelle. En francique, on trouve la racine "*tar-" (obstacle, empêchement) qui a pu influencer le développement sémantique. L'adverbe "plus" vient du latin "plus" (davantage), tandis que "à" provient de la préposition latine "ad" (vers, jusqu'à). Ces éléments linguistiques se sont cristallisés progressivement dans le lexique français médiéval. 2) Formation de l'expression — La locution s'est constituée par un processus de grammaticalisation progressive entre le XIIIe et le XVe siècle. Initialement, la construction "remettre à" suivie d'un complément temporel existait dans des contextes variés ("remettre à demain", "remettre à l'année prochaine"). La spécification "à plus tard" s'est fixée par analogie avec d'autres expressions temporelles, créant une formule plus vague et flexible. La première attestation claire remonte au XVIe siècle chez Montaigne dans ses "Essais" (1580), où il évoque les "choses qu'on remet à plus tard". Le mécanisme linguistique relève de la métonymie : le report temporel (remettre) est associé à un moment indéterminé mais ultérieur (plus tard), créant ainsi une expression figée désignant la procrastination. 3) Évolution sémantique — À l'origine, l'expression avait un sens littéral concret : reporter physiquement un objet ou une action à un moment ultérieur (comme dans les contextes juridiques ou administratifs médiévaux). Du XVIe au XVIIIe siècle, le glissement vers le figuré s'accentue, désignant de plus en plus la procrastination comme comportement humain. Le registre reste neutre, utilisé tant dans la langue courante que dans les écrits philosophiques (Pascal l'emploie pour décrire le report du salut). Au XIXe siècle, l'expression acquiert une nuance psychologique, souvent teintée de reproche moral dans la littérature (Balzac, Flaubert). Aujourd'hui, elle conserve ce sens figuré dominant tout en pouvant s'employer dans des contextes techniques (informatique, gestion de projets) sans connotation nécessairement négative.
Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles) — Naissance dans les scriptoria
Au cœur du Moyen Âge français, période marquée par la féodalité et l'essor des villes, l'expression émerge progressivement dans les milieux administratifs et cléricaux. Dans les scriptoria monastiques où les moines copient des manuscrits sur parchemin, et dans les premières chancelleries royales (comme celle de Philippe Auguste), on utilise fréquemment des formules de report temporel pour les actes juridiques. La vie quotidienne est rythmée par le calendrier liturgique et les travaux agricoles, créant un besoin linguistique pour désigner les délais. Les comptes de bouche des châteaux (comme ceux du Louvre sous Charles V) mentionnent des paiements "remis à plus tard". Les troubadours et les auteurs de romans courtois (comme Chrétien de Troyes) n'utilisent pas encore la locution figée, mais on trouve chez Joinville dans ses "Mémoires sur Saint Louis" (1309) des tournures similaires. La pratique sociale des marchés et foires, où les transactions à crédit se développent, favorise l'émergence d'expressions temporelles floues pour gérer les échéances.
Renaissance et XVIIe siècle — Fixation littéraire
L'expression se popularise considérablement à la Renaissance, période d'essor de l'imprimerie et de standardisation du français. Montaigne, dans ses "Essais" (1580-1588), l'emploie explicitement pour décrire la procrastination humaine, lui donnant ses lettres de noblesse philosophique. Au XVIIe siècle, le classicisme et la préciosité salonnière favorisent son usage dans la langue cultivée. Molière l'utilise dans "Le Malade imaginaire" (1673) pour moquer les tendances à temporiser, tandis que La Fontaine, dans ses fables, en fait un motif récurrent ("remettre à demain"). L'Académie française, fondée en 1635, ne l'enregistre pas encore dans son dictionnaire, mais elle circule dans les correspondances aristocratiques (comme celles de Madame de Sévigné) et les traités de morale (Pascal dans les "Pensées" évoque ceux qui "remettent à plus tard leur conversion"). Le glissement sémantique s'accentue : d'un simple report temporel, elle acquiert une dimension psychologique et morale, souvent avec une connotation négative de paresse ou d'indécision.
XXe-XXIe siècle —
L'expression "remettre à plus tard" reste extrêmement courante dans le français contemporain, avec une fréquence accrue dans l'ère numérique. On la rencontre quotidiennement dans les médias (presse écrite et audiovisuelle), la publicité (slogans contre la procrastination), et surtout dans le langage professionnel (gestion de projets, emails). La psychologie populaire et le développement personnel en ont fait un concept-clé, avec des best-sellers comme "Avant de remettre à plus tard" de Neil Fiore. Dans le contexte numérique, elle s'applique aux notifications différées des smartphones ou aux fonctionnalités "rappeler plus tard" des logiciels. Des variantes régionales existent : au Québec, on dit parfois "remettre à plus tard" mais aussi "reporter à plus tard" ou "laisser traîner". L'expression a donné naissance à des dérivés comme "remettite" (argot étudiant) et inspire des néologismes comme "procastination" (mélange de procrastination et remettre). Elle conserve son sens figuré dominant tout en s'adaptant aux nouvelles technologies, témoignant d'une remarquable vitalité linguistique.
Le saviez-vous ?
L'expression a inspiré un concept en économie comportementale : la « procrastination structurée », théorisée par John Perry. Il suggère que remettre à plus tard des tâches importantes peut être productif si on l'utilise pour accomplir d'autres tâches utiles en attendant. Ironiquement, cette approche détourne la négativité associée à l'expression, en faisant une stratégie de gestion du temps. De plus, dans certaines cultures, comme en Espagne avec « dejar para mañana », l'équivalent est souvent perçu avec plus de bienveillance, reflétant des attitudes différentes face au temps.
“« Je sais que ce dossier est urgent, mais avec la réunion de demain, je préfère le remettre à plus tard pour pouvoir me concentrer pleinement dessus. »”
“« La correction des copies peut attendre ; je remets à plus tard pour finaliser d'abord les préparations de cours. »”
“« On reparlera de ces projets de vacances plus tard, pour l'instant, concentrons-nous sur l'organisation du quotidien. »”
“« Compte tenu des incertitudes économiques, nous avons décidé de remettre à plus tard le lancement de notre nouveau produit. »”
🎓 Conseils d'utilisation
Pour employer cette expression avec précision, privilégiez-la dans des contextes informels ou professionnels où la nuance temporelle est claire. Évitez les répétitions : variez avec « différer », « reporter » ou « ajourner » selon le registre. À l'écrit, dans un rapport, précisez la raison du report pour éviter l'ambiguïté. À l'oral, l'intonation peut changer le sens : un ton léger suggère une simple temporisation, tandis qu'un ton sérieux peut indiquer un problème sous-jacent. Dans la fiction, elle sert à caractériser un personnage hésitant ou prudent.
Littérature
Dans « Les Fleurs du mal » de Charles Baudelaire, le poème « L'Horloge » évoque la procrastination avec des vers comme « Souviens-toi que le Temps est un joueur avide / Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi. » Cette œuvre illustre comment remettre à plus tard peut être une lutte contre le temps, thème central du spleen baudelairien où l'inaction mène à la mélancolie.
Cinéma
Dans le film « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet, le personnage titre remet souvent à plus tard ses actions par timidité, comme lorsqu'elle hésite à approcher Nino. Ce report crée une tension narrative qui souligne comment la procrastination peut être liée à des peurs personnelles, tout en ajoutant une dimension poétique au récit.
Musique ou Presse
Dans la chanson « Je remets à demain » de Serge Gainsbourg, l'artiste explore thématiquement la procrastination avec ironie et mélancolie. Parallèlement, des articles du journal « Le Monde » analysent ce phénomène en psychologie, soulignant comment remettre à plus tard impacte la productivité et le bien-être, reflétant des débats sociétaux contemporains.
Anglais : To put off
L'expression anglaise « to put off » partage le sens de reporter, mais avec une connotation parfois plus négative, suggérant une évitation. Elle est utilisée dans des contextes formels et informels, comme dans « He put off the meeting until next week ». Contrairement au français, elle peut impliquer une certaine négligence.
Espagnol : Dejar para más tarde
En espagnol, « dejar para más tarde » est une traduction directe, utilisée couramment dans la vie quotidienne et professionnelle. Elle conserve l'idée de délai volontaire, mais peut être perçue comme moins formelle que des alternatives comme « posponer », qui est plus technique et souvent employée dans des contextes administratifs.
Allemand : Auf später verschieben
L'allemand « auf später verschieben » signifie littéralement « déplacer vers plus tard ». Elle est précise et utilisée dans des contextes structurés, reflétant la culture germanique de planification. Comparée au français, elle a une tonalité plus neutre et moins empreinte de connotations psychologiques liées à la procrastination.
Italien : Rimandare a più tardi
En italien, « rimandare a più tardi » est très similaire au français, avec « rimandare » signifiant reporter. Elle est employée dans des situations variées, des conversations informelles aux milieux professionnels. La langue italienne, riche en expressions temporelles, utilise aussi « procrastinare » pour un sens plus spécifique à la procrastination.
Japonais : 後回しにする (atomawashi ni suru)
Le japonais « 後回しにする » (atomawashi ni suru) signifie littéralement « mettre à l'arrière ». Cette expression reflète une approche culturelle de l'organisation et de la priorisation, souvent utilisée dans un contexte professionnel pour indiquer un report raisonné. Elle peut avoir une connotation plus positive que le français, soulignant l'efficacité plutôt que la négligence.
⚠️ Erreurs à éviter
1) Confondre avec « remettre en question » : cette dernière implique un doute ou une réévaluation, pas un report temporel. 2) Utiliser « remettre à plus tard » pour des actions impossibles à différer (ex. : « je remets ma respiration à plus tard »), ce qui crée un non-sens logique. 3) Oublier de spécifier le contexte, menant à des malentendus : dire « je remets ça à plus tard » sans clarifier l'objet peut paraître évasif ou irrespectueux dans des échanges formels.
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Dans quel contexte historique l'expression « remettre à plus tard » a-t-elle été particulièrement utilisée pour décrire des stratégies politiques ?
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Espagnol : Dejar para más tarde
En espagnol, « dejar para más tarde » est une traduction directe, utilisée couramment dans la vie quotidienne et professionnelle. Elle conserve l'idée de délai volontaire, mais peut être perçue comme moins formelle que des alternatives comme « posponer », qui est plus technique et souvent employée dans des contextes administratifs.
Allemand : Auf später verschieben
L'allemand « auf später verschieben » signifie littéralement « déplacer vers plus tard ». Elle est précise et utilisée dans des contextes structurés, reflétant la culture germanique de planification. Comparée au français, elle a une tonalité plus neutre et moins empreinte de connotations psychologiques liées à la procrastination.
Italien : Rimandare a più tardi
En italien, « rimandare a più tardi » est très similaire au français, avec « rimandare » signifiant reporter. Elle est employée dans des situations variées, des conversations informelles aux milieux professionnels. La langue italienne, riche en expressions temporelles, utilise aussi « procrastinare » pour un sens plus spécifique à la procrastination.
Japonais : 後回しにする (atomawashi ni suru)
Le japonais « 後回しにする » (atomawashi ni suru) signifie littéralement « mettre à l'arrière ». Cette expression reflète une approche culturelle de l'organisation et de la priorisation, souvent utilisée dans un contexte professionnel pour indiquer un report raisonné. Elle peut avoir une connotation plus positive que le français, soulignant l'efficacité plutôt que la négligence.
⚠️ Erreurs à éviter
1) Confondre avec « remettre en question » : cette dernière implique un doute ou une réévaluation, pas un report temporel. 2) Utiliser « remettre à plus tard » pour des actions impossibles à différer (ex. : « je remets ma respiration à plus tard »), ce qui crée un non-sens logique. 3) Oublier de spécifier le contexte, menant à des malentendus : dire « je remets ça à plus tard » sans clarifier l'objet peut paraître évasif ou irrespectueux dans des échanges formels.
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