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Expression française · Expression idiomatique

« Être passé par pertes et profits »

🔥 Expression idiomatique⭐ Niveau 3/5📜 XIXe siècle à aujourd'hui💬 Soutenu, administratif, journalistique📊 Fréquence 3/5

Désigne ce qui est considéré comme définitivement perdu, abandonné ou irrécupérable, souvent après une évaluation négative de sa valeur ou de son utilité.

Sens littéral : Dans le langage comptable et financier, « pertes et profits » renvoie au compte qui enregistre les bénéfices et les déficits d'une entreprise sur une période. « Passer par pertes et profits » signifie littéralement inscrire un actif ou une créance dans ce compte, actant ainsi sa dépréciation totale et son retrait du bilan, car jugé sans valeur récupérable. C'est un geste administratif qui constate une perte définitive, souvent après des tentatives infructueuses de recouvrement ou de valorisation.

Sens figuré : Figurément, l'expression s'applique à toute situation où une personne, un projet, un espoir ou un objet est considéré comme irrémédiablement perdu ou abandonné. Elle implique un constat d'échec ou d'inutilité, suivi d'une décision de ne plus y investir d'efforts, de temps ou de ressources. Par exemple, un talent gaspillé, une relation rompue sans espoir de réconciliation, ou une idée rejetée après évaluation.

Nuances d'usage : L'expression est souvent employée dans des contextes formels ou techniques, comme la gestion d'entreprise, la politique ou les médias, pour signifier un abandon délibéré et assumé. Elle peut véhiculer une nuance de résignation ou de réalisme, parfois teintée de cynisme, mais rarement d'émotion forte. Son usage suggère que la décision résulte d'une analyse objective, même si l'objet « passé par pertes et profits » peut avoir une valeur sentimentale ou symbolique pour d'autres.

Unicité : Contrairement à des synonymes comme « laisser tomber » ou « abandonner », qui sont plus courants et informels, « être passé par pertes et profits » insiste sur le processus d'évaluation et d'enregistrement comptable métaphorique. Elle évoque une forme de bureaucratie de l'échec, où la perte est officialisée et intégrée dans un bilan global. Cette dimension administrative la distingue, lui conférant une précision technique et une gravité particulière, souvent utilisée pour décrire des situations impliquant des ressources importantes ou des enjeux collectifs.

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Morale / leçon de vie

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Cette expression rappelle que dans la vie comme en affaires, il faut parfois savoir acter ses pertes pour avancer, en acceptant l'irréversible sans s'y engluer. Elle invite à un réalisme froid, où l'attachement doit céder le pas à l'efficacité, mais interroge aussi sur ce que l'on sacrifie au nom du pragmatisme.

✨ Étymologie

1) Racines des mots-clés : L'expression repose sur trois termes fondamentaux. 'Passé' vient du latin 'passus', participe passé de 'pati' signifiant 'subir, endurer', qui a donné en ancien français 'passer' avec le sens de 'traverser, franchir'. 'Pertes' dérive du latin 'perdita', féminin de 'perditus' (perdu, ruiné), lui-même issu du verbe 'perdere' (détruire, gaspiller). En ancien français, 'perte' apparaît dès le XIe siècle dans la Chanson de Roland. 'Profits' provient du latin 'profectus', participe passé de 'proficere' (avancer, progresser), qui a évolué en ancien français vers 'profit' avec le sens d'avantage matériel ou moral. Ces termes appartiennent au vocabulaire économique médiéval, où 'perte' et 'profit' structurent déjà la comptabilité marchande. 2) Formation de l'expression : L'assemblage s'est opéré par métaphore comptable au XVIIe siècle, dans le contexte du développement du capitalisme marchand. La locution figée émerge de la pratique des livres de comptes où les marchands enregistraient les opérations : les 'pertes' (dépenses irrécupérables) et les 'profits' (gains) constituaient deux colonnes distinctes. 'Être passé par pertes et profits' désignait littéralement le transfert d'une créance douteuse ou d'un bien déprécié de la colonne des actifs à celle des passifs, l'écart étant absorbé par le bilan. La première attestation écrite remonte à 1690 dans le Dictionnaire universel de Furetière, qui la définit comme terme de commerce signifiant 'regarder une chose comme perdue sans espérance de la recouvrer'. 3) Évolution sémantique : Au XVIIIe siècle, l'expression quitte progressivement le registre strictement comptable pour s'appliquer métaphoriquement à toute situation jugée irrémédiablement compromise. Le Siècle des Lumières voit son usage s'étendre aux domaines politique et personnel, notamment chez Voltaire qui l'emploie dans sa correspondance pour évoquer des projets abandonnés. Au XIXe siècle, avec l'essor de la bourgeoisie industrielle, elle se popularise dans le langage courant tout en conservant sa connotation négative de renoncement définitif. Le glissement du littéral (acte comptable) au figuré (abandon moral) s'accomplit pleinement, l'expression désignant désormais non seulement des biens matériels mais aussi des relations, des espoirs ou des principes considérés comme définitivement perdus.

Fin du Moyen Âge - XVIe siècleNaissance dans les comptoirs marchands

Au tournant de la Renaissance, l'Europe connaît une expansion commerciale sans précédent avec le développement des grandes foires de Champagne, des compagnies maritimes italiennes et des réseaux hanséatiques. Dans les comptoirs de Venise, Gênes ou Anvers, les marchands tiennent des livres de comptes en latin puis en langues vernaculaires, où s'élabore une comptabilité en partie double. La vie quotidienne dans ces cités marchandes est rythmée par les arrivées de caravanes et de galères, les risques de naufrage, les faillites. C'est dans ce contexte que se cristallise la distinction entre 'pertes' (marchandises avariées, créances irrécouvrables, naufrages) et 'profits' (ventes réussies, intérêts perçus). Les traités de commerce comme celui de Luca Pacioli (1494) systématisent ces pratiques. L'expression émerge oralement dans les cercles de négociants pour désigner l'acte administratif de classer un actif comme définitivement perdu, souvent après un délai de prescription ou un jugement de tribunal commercial. Les notaires et greffiers commencent à l'employer dans les actes de faillite.

XVIIe - XVIIIe siècleInstitutionnalisation et diffusion littéraire

L'expression entre dans le langage officiel sous le règne de Louis XIV, alors que Colbert développe une réglementation commerciale rigoureuse. L'Ordonnance sur le commerce de 1673 codifie les pratiques comptables et popularise le terme dans les milieux juridiques. Les premiers dictionnaires (Furetière 1690, Académie française 1694) la consignent comme terme technique. La littérature s'en empare : Molière l'utilise métaphoriquement dans 'L'Avare' (1668) pour évoquer des sentiments gaspillés, tandis que les moralistes comme La Bruyère l'appliquent aux vanités humaines. Le XVIIIe siècle voit sa diffusion dans la presse naissante (Mercure de France, Gazette du commerce) et les traités d'économie politique. Les physiocrates comme Quesnay l'emploient pour décrire les mauvais investissements agricoles. L'expression glisse progressivement du registre purement comptable vers un usage figuré, désignant toute situation jugée sans espoir de redressement. Les révolutionnaires de 1789 l'utiliseront pour qualifier les privilèges de l'Ancien Régime 'passés par pertes et profits' de l'Histoire.

XXe-XXIe siècleBanalisation et adaptations contemporaines

L'expression demeure vivante dans le français contemporain, particulièrement dans les médias, la politique et le langage courant. On la rencontre régulièrement dans la presse écrite (Le Monde, Libération) pour commenter l'abandon de projets politiques, l'échec de réformes ou la fin de carrières. À la radio (France Inter) et à la télévision, elle sert à qualifier des scandales enterrés ou des promesses non tenues. L'ère numérique a généré des adaptations : sur les réseaux sociaux, on voit apparaître des hashtags comme #pertesetprofits pour moquer des échecs technologiques. Le monde de l'entreprise l'utilise abondamment dans les rapports annuels pour justifier des restructurations. Des variantes régionales existent : au Québec, on dit parfois 'passer à la trappe' avec une nuance similaire. L'expression conserve sa connotation définitive et légèrement cynique, mais s'est démocratisée au point de s'appliquer à des situations triviales (régimes alimentaires abandonnés, résolutions du Nouvel An oubliées). Elle figure dans tous les dictionnaires modernes et reste enseignée comme exemple de locution figée d'origine économique.

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Le saviez-vous ?

Saviez-vous que cette expression a failli inspirer le titre d'un film célèbre ? Dans les années 1960, le réalisateur français Claude Chabrol a envisagé de l'utiliser pour un de ses thrillers, avant de lui préférer « Que la bête meure ». L'anecdote montre comment le langage comptable peut séduire les artistes par son potentiel dramatique, évoquant des thèmes de perte et de résignation. De plus, en Belgique francophone, l'expression est parfois utilisée dans un sens légèrement atténué, pouvant simplement signifier « mettre de côté » sans connotation aussi définitive, illustrant les variations régionales du français.

Après trois échecs consécutifs aux élections municipales, le parti a finalement considéré que ce candidat était passé par pertes et profits, préférant investir sur de nouvelles figures.

🎒 AdoDiscussion politique entre étudiants en sciences politiques

Le manuscrit de sa thèse, perdu dans un incendie d'archives, est malheureusement passé par pertes et profits, l'obligeant à tout recommencer.

📚 ScolaireConversation entre doctorants en bibliothèque universitaire

Cette vieille amitié, gâchée par des années de malentendus non résolus, est hélas passée par pertes et profits ; mieux vaut tourner la page.

🏠 FamilialDiscussion entre frères et sœurs adultes évoquant des relations passées

Le projet de fusion-acquisition, après l'échec des négociations réglementaires, a été passé par pertes et profits par le conseil d'administration.

💼 ProRéunion de direction dans une entreprise du CAC 40

🎓 Conseils d'utilisation

Pour employer cette expression avec justesse, réservez-la à des contextes où l'abandon est le résultat d'une évaluation réfléchie, souvent collective ou institutionnelle. Elle convient bien aux écrits formels, aux analyses critiques ou aux discours managériaux. Évitez de l'utiliser pour des situations triviales ou émotionnelles ; préférez des synonymes comme « laisser tomber » dans un registre familier. Assurez-vous que le contexte justifie sa tonalité technique, par exemple en parlant d'un projet d'entreprise ou d'une politique publique. Pour enrichir votre style, combinez-la avec des termes comme « acter », « constater » ou « officialiser » pour renforcer l'idée de processus administratif.

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Littérature

Dans "L'Éducation sentimentale" de Gustave Flaubert (1869), Frédéric Moreau voit ses illusions amoureuses et ambitions sociales "passer par pertes et profits" au fil des désillusions, illustrant l'échec de toute une génération post-romantique. L'expression y est utilisée pour marquer la résignation face aux rêves irréalisables, thème central du roman réaliste. On la retrouve aussi chez Zola dans "L'Argent" (1891), où des spéculations boursières catastrophiques sont littéralement passées par pertes et profits, reflétant la brutalité du capitalisme naissant.

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Cinéma

Dans "Le Feu follet" de Louis Malle (1963), adapté de Pierre Drieu La Rochelle, le protagoniste Alain considère sa vie comme "passée par pertes et profits" avant son suicide, symbolisant l'abandon de tout espoir. Le film utilise cette métaphore comptable pour exprimer un bilan existentiel négatif. Plus récemment, dans "Dans la maison" de François Ozon (2012), un projet littéraire avorté est évoqué sous cet angle, montrant la permanence de l'expression dans le cinéma d'auteur français.

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Musique ou Presse

Le journal "Le Monde" utilise régulièrement l'expression dans ses analyses économiques, par exemple lors de la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008, décrivant comment des actifs toxiques ont été "passés par pertes et profits". En musique, la chanson "Perdu" de Jean-Jacques Goldman (1985) évoque métaphoriquement des sentiments "passés par pertes et profits", bien que l'expression ne soit pas citée textuellement. Dans la presse satirique, "Charlie Hebdo" l'emploie souvent pour critiquer des politiques publiques abandonnées.

🇬🇧

Anglais : To be written off

Traduction littérale : "être radié". L'expression anglaise vient aussi de la comptabilité ("write off") et signifie considérer quelque chose comme une perte totale, sans espoir de recouvrement. Elle est utilisée dans des contextes financiers, mais aussi métaphoriquement pour des personnes ou projets. Nuance : légèrement plus technique et moins courante dans le langage quotidien que la version française.

🇪🇸

Espagnol : Dar por perdido

Traduction littérale : "donner pour perdu". Expression courante signifiant abandonner toute espérance de retrouver ou de sauver quelque chose ou quelqu'un. Elle partage l'idée de résignation et d'abandon définitif, mais sans la connotation comptable explicite de l'original français. Utilisée dans des contextes personnels et professionnels, avec une nuance parfois plus émotionnelle.

🇩🇪

Allemand : Abschreiben

Traduction littérale : "amortir" ou "radier". Verbe utilisé en comptabilité pour décrire la dépréciation d'un actif, et par extension métaphorique pour signifier qu'on considère quelque chose comme perdu ou sans valeur. L'expression "etwas abschreiben" (littéralement "radier quelque chose") est l'équivalent le plus proche, mais elle est moins idiomatique et plus technique que la version française.

🇮🇹

Italien : Dare per perso

Traduction littérale : "donner pour perdu". Similaire à l'espagnol, cette expression signifie considérer quelque chose comme irrécupérable. Elle est courante dans le langage familier et soutenu. Une alternative plus comptable serait "passare in perdita", mais elle est moins usitée. L'italien privilégie la simplicité de "dare per perso" pour exprimer l'abandon définitif.

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Japonais : 諦める (akirameru) / 損失処理する (sonshitsu shori suru)

Deux expressions possibles. "Akirameru" signifie "abandonner" ou "renoncer", utilisée dans un contexte général d'abandon d'espoir. "Sonshitsu shori suru" est l'équivalent comptable littéral, signifiant "traiter comme une perte", mais rarement utilisé métaphoriquement. Le japonais n'a pas d'expression idiomatique exactement équivalente, privilégiant des verbes simples comme "akirameru" pour exprimer la résignation.

L'expression 'Être passé par pertes et profits' signifie qu'une personne, un objet, un projet ou une situation a été définitivement abandonné, considéré comme irrécupérable ou sans aucun espoir de retour ou de réparation. Elle implique un constat d'échec total, souvent après des tentatives infructueuses ou une évaluation négative. Originaire du vocabulaire comptable, où elle désigne l'inscription d'un actif comme perte définitive, elle s'emploie métaphoriquement dans des contextes variés : échec professionnel, relation rompue, espoir déçu, etc. Elle véhicule une nuance de résignation, de bilan négatif et parfois de cynisme, marquant la fin d'un processus ou d'une attente.
L'origine de l'expression est strictement comptable et remonte au XIXe siècle, période d'essor de la comptabilité en partie double et du capitalisme industriel. Dans ce système, le compte 'pertes et profits' (ou compte de résultat) enregistre les déficits et bénéfices d'une entreprise. 'Passer par pertes et profits' signifie donc inscrire un actif (une créance, un investissement) comme irrécouvrable, donc l'abandonner définitivement des livres comptables. Cette terminologie technique a progressivement pénétré le langage courant vers la fin du XIXe siècle, notamment via la littérature réaliste (Flaubert, Zola) qui reflétait les préoccupations économiques de l'époque. L'expression s'est ainsi métaphorisée pour décrire tout abandon définitif, perdant peu à peu sa connotation purement financière.
Non, l'expression 'Être passé par pertes et profits' est presque toujours utilisée dans un contexte négatif ou résigné, car elle implique une perte, un échec ou un abandon définitif. Elle véhicule l'idée que quelque chose ou quelqu'un a été considéré comme sans valeur, irrécupérable ou voué à l'oubli. Même si l'on peut l'employer avec une certaine distance ironique (par exemple, pour évoquer un projet abandonné sans regret), la nuance fondamentale reste celle d'un bilan négatif. Dans de rares cas, elle pourrait être utilisée de manière neutre dans un jargon comptable strict, mais dans le langage courant, elle conserve cette connotation pessimiste. Elle s'oppose ainsi à des expressions comme 'tourner la page' qui peuvent être plus neutres ou positives.
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⚠️ Erreurs à éviter

1) Confondre avec « passer à la trappe » : Cette erreur courante assimile l'expression à un simple abandon négligent. Or, « être passé par pertes et profits » implique une décision délibérée et souvent documentée, pas un oubli. Par exemple, dire « Mon dossier est passé par pertes et profits » suggère une évaluation négative, tandis que « passé à la trappe » évoque une négligence. 2) L'utiliser pour des pertes temporaires : L'expression suppose une perte définitive et irrécupérable. L'employer pour une situation réversible (comme un objet égaré qu'on peut retrouver) est incorrect, car elle nie la possibilité de récupération. 3) Oublier sa connotation administrative : Beaucoup l'utilisent comme un synonyme neutre d'« abandonner », mais cela efface sa nuance technique issue de la comptabilité. Pour éviter cela, rappelez son origine dans des contextes où un bilan ou une décision formelle est impliqué, comme dans « Le gouvernement a passé ce projet par pertes et profits après l'étude budgétaire ».

📋 Fiche expression
Catégorie

Expression idiomatique

Difficulté

⭐⭐⭐ Courant

Époque

XIXe siècle à aujourd'hui

Registre

Soutenu, administratif, journalistique

Dans quel contexte historique l'expression 'Être passé par pertes et profits' est-elle devenue courante dans le langage métaphorique ?

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« Être passé par pertes et profits »

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