Expression française · locution adjectivale
« hors de prix »
Se dit d'un bien ou d'un service dont le coût est excessif, démesuré par rapport à sa valeur réelle ou aux moyens du consommateur.
Littéralement, 'hors de prix' signifie littéralement 'en dehors du prix', suggérant que l'objet échappe à toute échelle de valeur marchande établie. Cette construction spatiale ('hors de') implique une exclusion du domaine des prix raisonnables, comme si le coût avait franchi une frontière invisible au-delà de laquelle la transaction devient aberrante. Le terme 'prix' renvoie ici à la somme demandée, mais aussi implicitement à la notion de juste évaluation. Figurément, l'expression qualifie tout ce qui est perçu comme prohibitif, souvent avec une connotation de scandale ou d'inaccessibilité. Elle ne décrit pas simplement la cherté, mais une cherté qui offense le sens commun, comme un restaurant où l'addition semble déconnectée de l'expérience offerte. Dans l'usage, 'hors de prix' s'applique aussi bien aux biens matériels (une montre, un appartement) qu'aux services (une école privée, des soins). Elle véhicule souvent un jugement subjectif : ce qui est 'hors de prix' pour un étudiant peut être normal pour un milliardaire. L'expression se distingue par sa force hyperbolique et son ancrage dans le ressenti du locuteur. Contrairement à 'coûteux' (neutre) ou 'ruineux' (qui évoque la perte), 'hors de prix' pointe une disproportion qui heurte, presque une transgression économique. Son unicité réside dans cette idée de franchissement d'une limite morale ou logique, faisant du prix non plus un simple chiffre, mais un symbole d'injustice ou d'absurdité marchande.
✨ Étymologie
L'expression « hors de prix » repose sur deux termes fondamentaux dont les racines plongent dans l'histoire linguistique française. Le mot « hors » provient du latin « foris » signifiant « en dehors, à l'extérieur », qui a donné en ancien français « fors » (XIe siècle) puis « hors » (XIIe siècle) avec la même valeur spatiale d'exclusion. Quant au mot « prix », il dérive du latin « pretium » désignant la valeur, l'estimation ou la récompense, terme qui a évolué en ancien français en « pris » (vers 1080 dans la Chanson de Roland) avant de prendre sa forme moderne avec la graphie « prix » à partir du XVIe siècle. Notons que « pretium » lui-même pourrait avoir des origines plus anciennes, peut-être liées au commerce méditerranéen pré-romain. La formation de cette locution adverbiale s'est opérée par un processus de métaphore spatiale caractéristique du français médiéval. L'assemblage « hors de » + substantif créait des expressions indiquant l'excès ou la démesure (« hors de sens », « hors de raison »). « Hors de prix » apparaît ainsi comme une extension de ce schéma, où ce qui est « en dehors » de la valeur marchande normale devient par hyperbole quelque chose d'inestimable ou d'excessivement cher. La première attestation écrite remonte au XIVe siècle dans des textes comptables et marchands, où l'expression désignait littéralement des marchandises dont le coût dépassait les estimations habituelles ou les capacités d'achat. L'évolution sémantique montre un glissement progressif du littéral au figuré. Au Moyen Âge, l'expression avait une valeur concrète dans le commerce (un objet littéralement hors des prix courants). À la Renaissance, elle commence à prendre une dimension hyperbolique pour qualifier ce qui est exceptionnellement cher. Au XVIIe siècle, sous l'influence des précieuses et des salons littéraires, l'expression acquiert une nuance d'élégance distinguant l'exceptionnel du commun. Au XIXe siècle, avec l'essor du capitalisme et de la consommation bourgeoise, « hors de prix » devient une critique sociale des excès du luxe. Aujourd'hui, tout en conservant son sens premier d'extrême cherté, l'expression peut s'appliquer métaphoriquement à des valeurs non marchandes (un sourire « hors de prix »), illustrant comment le français a étendu le domaine économique à l'affectif.
XIVe siècle — Naissance marchande médiévale
Au XIVe siècle, dans une France marquée par la guerre de Cent Ans et les crises économiques, l'expression « hors de prix » émerge dans les milieux commerçants et comptables. Le contexte historique est celui d'une économie monétaire en développement, avec l'apparition des premières foires de Champagne et l'intensification des échanges commerciaux. Les marchands, notaires et changeurs tenaient des registres précis où ils consignaient les transactions. C'est dans ces documents pratiques, bien avant la littérature savante, qu'apparaît la formule pour désigner des marchandises dont le coût excédait les fourchettes habituelles : épices rares venues d'Orient, tissus précieux comme le velours de Gênes, ou métaux précieux pendant les périodes de pénurie. La vie quotidienne était rythmée par le juste prix (le « prix juste » déterminé par les corporations) et les taxes seigneuriales. L'expression reflète ainsi une réalité concrète : dans les étals des marchés médiévaux, certains produits étaient littéralement « hors » du système de prix régulé, accessibles seulement aux nobles et grands bourgeois. Des textes comme les livres de compte des marchands drapiers de Troyes ou les registres de la Hanse parisienne en portent témoignage, montrant comment le langage commercial influençait déjà la langue commune.
XVIIe-XVIIIe siècle — L'âge classique et la valorisation sociale
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'expression « hors de prix » s'installe dans le langage courant grâce à la littérature et aux salons aristocratiques. Le Grand Siècle, avec sa codification du langage par l'Académie française (fondée en 1635), voit l'expression quitter progressivement son sens purement comptable pour prendre une dimension sociale et esthétique. Molière l'utilise dans « Le Bourgeois gentilhomme » (1670) pour moquer les dépenses excessives de la bourgeoisie montante, tandis que Madame de Sévigné, dans sa correspondance, évoque des objets « hors de prix » pour souligner leur rareté et leur distinction. L'expression devient un marqueur de la société d'Ancien Régime, où le luxe ostentatoire (les toilettes de la cour de Versailles, les porcelaines de Sèvres) symbolise le statut social. Au Siècle des Lumières, des auteurs comme Voltaire ou Diderot dans l'Encyclopédie critiquent cette notion en l'associant aux inégalités économiques. L'expression glisse ainsi d'un sens purement commercial vers une connotation morale : ce qui est « hors de prix » n'est pas seulement cher, mais souvent jugé excessif ou futile. La presse naissante (le Mercure de France) popularise l'expression dans les chroniques mondaines, l'ancrant définitivement dans le français écrit et parlé de l'élite.
XXe-XXIe siècle —
Aux XXe et XXIe siècles, « hors de prix » connaît une démocratisation paradoxale : tout en restant courante, elle s'applique à des réalités économiques et culturelles transformées. L'expression est omniprésente dans les médias (presse écrite, télévision, publicité) pour qualifier le luxe contemporain : bijoux de haute joaillerie, voitures de sport, résidences secondaires, mais aussi dans le domaine artistique (œuvres d'art aux enchères record). Avec l'avènement de la société de consommation dans les années 1960, l'expression prend une nuance critique, souvent employée dans les débats sur l'inflation ou les inégalités sociales. L'ère numérique a introduit de nouveaux contextes d'usage : on parle désormais de technologies « hors de prix » (smartphones haut de gamme, abonnements numériques premium) ou de services exclusifs (voyages spatiaux privés). L'expression a également développé des variantes régionales comme « hors de coût » dans certains parlers populaires, et des équivalents internationaux (« priceless » en anglais avec une nuance plus positive). Dans le français contemporain, elle conserve sa force hyperbolique tout en s'étendant à des domaines non marchands (un moment « hors de prix » pour évoquer une expérience inestimable), prouvant sa vitalité à travers les siècles. On la rencontre régulièrement dans la presse économique (Les Échos), les magazines de luxe (Vogue Paris) et les discours politiques sur le pouvoir d'achat.
Le saviez-vous ?
L'expression 'hors de prix' a failli avoir une sœur jumelle positive : 'sans prix'. Au XVIIe siècle, 'sans prix' (issu du latin 'sine pretio') était utilisé pour qualifier ce qui était inestimable, d'une valeur infinie, comme l'amour ou la vertu. Mais cette formule, trop abstraite, n'a pas résisté à la marchandisation croissante de la société. Curieusement, 'hors de prix' a capté toute l'attention négative, laissant 'sans prix' tomber en désuétude. Une anecdote : en 1925, le couturier Paul Poiret, pionnier du luxe, lança une collection qu'il baptisa ironiquement 'Hors de Prix', jouant sur le scandale des prix pour attirer la clientèle fortunée. Cette récupération marketing montre comment l'expression peut aussi devenir un étendard du exclusif, inversant provisoirement sa charge critique.
“Cette montre de collection est hors de prix, même pour les collectionneurs avertis. On parle de plusieurs centaines de milliers d'euros, une somme qui défie l'entendement.”
“Les manuels scolaires spécialisés sont parfois hors de prix, ce qui pose des problèmes d'accès pour les étudiants boursiers.”
“Les vacances dans cette station balnéaire sont hors de prix cette année, mieux vaut opter pour une destination plus abordable.”
“Le coût des matières premières rend ce projet hors de prix, nécessitant une révision complète du budget prévisionnel.”
🎓 Conseils d'utilisation
Utilisez 'hors de prix' avec précision : elle convient mieux à un jugement subjectif et fort qu'à une simple description technique. Préférez-la dans un registre courant ou critique, par exemple dans un article sur l'immobilier parisien ('des appartements hors de prix') ou une conversation sur la restauration ('ce restaurant est hors de prix pour ce qu'il offre'). Évitez de l'employer dans un contexte formel ou juridique, où 'excessif', 'prohibitif' ou 'surévalué' seront plus adaptés. Pour renforcer l'effet, associez-la à des adverbes comme 'absolument', 'vraiment' ou 'scandaleusement'. Attention à ne pas la confondre avec 'de prix', qui signifie 'précieux' (un objet de prix). À l'écrit, elle s'accorde en genre et en nombre avec le nom qu'elle qualifie : 'une voiture hors de prix', 'des bijoux hors de prix'.
Littérature
Dans "Le Père Goriot" d'Honoré de Balzac (1835), l'expression "hors de prix" pourrait s'appliquer aux ambitions sociales de Rastignac, pour qui l'ascension dans le Paris de la Restauration exige des dépenses démesurées. Balzac dépeint une société où l'apparence et le luxe sont souvent inaccessibles, sauf à des coûts exorbitants, reflétant les tensions entre valeur morale et valeur marchande. L'œuvre illustre comment le désir de paraître peut rendre la vie "hors de prix" pour ceux qui n'ont pas les moyens de la bourgeoisie montante.
Cinéma
Dans le film "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2001), l'expression "hors de prix" pourrait évoquer les petites joies simples que le personnage principal offre aux autres, contrastant avec une société obsédée par le consumérisme. Bien que le film ne l'utilise pas explicitement, il questionne la valeur des choses : ce qui est précieux n'est pas nécessairement cher, et inversement, les biens matériels peuvent être dénués de sens malgré leur prix élevé. Cette réflexion rejoint l'idée que "hors de prix" peut aussi qualifier l'inestimable sur le plan émotionnel.
Musique ou Presse
Dans la chanson "L'Aventurier" d'Indochine (1985), les paroles "je pars loin de vous, loin de vos villes aux lumières hors de prix" critiquent l'urbanisation et le coût de la vie moderne. L'expression y sert de métaphore pour dénoncer une société où le progrès et le confort ont un prix exorbitant, tant financier qu'humain. Dans la presse, elle est fréquente dans les articles économiques, comme dans Le Monde ou Les Échos, pour décrire l'inflation des loyers parisiens ou le marché de l'art, soulignant les disparités sociales.
Anglais : overpriced
L'équivalent direct est "overpriced", un adjectif signifiant littéralement "surévalué". Il partage la notion de coût excessif, mais avec une connotation plus technique, souvent utilisée dans les critiques commerciales. "Hors de prix" peut aussi se traduire par "exorbitantly expensive" pour insister sur le caractère déraisonnable, ou "pricey" de manière plus familière. La nuance française inclut une dimension subjective d'inaccessibilité, tandis que l'anglais tend à une évaluation plus objective du marché.
Espagnol : carísimo
En espagnol, "carísimo" est l'équivalent courant, superlatif de "caro" (cher). Il exprime un prix extrêmement élevé, similaire à "hors de prix". On trouve aussi "desorbitado" pour évoquer un coût exorbitant ou disproportionné. La locution "fuera de precio" existe mais est moins usitée, réservée à des contextes littéraires. La culture hispanophone, notamment en Amérique latine, utilise souvent des hyperboles comme "un ojo de la cara" (un œil de la face) pour dramatiser le coût, ajoutant une touche imagée absente du français.
Allemand : unbezahlbar
En allemand, "unbezahlbar" signifie littéralement "impayable", ce qui correspond à "hors de prix" dans le sens d'un coût prohibitif. Cependant, il peut aussi avoir une connotation positive pour qualifier quelque chose d'inestimable, une ambiguïté moins présente en français. Pour éviter la confusion, on utilise "überteuert" (surcher) ou "wahnsinnig teuer" (follement cher). La précision linguistique allemande reflète une approche plus analytique, où "hors de prix" est souvent décomposé en termes de valeur et d'accessibilité.
Italien : carissimo
En italien, "carissimo" est le superlatif de "caro", directement parallèle à "hors de prix". Il est très usuel dans les conversations pour déplorer des prix excessifs. On rencontre aussi "fuori prezzo" comme calque du français, mais il est moins naturel. L'italien affectionne les expressions imagées comme "costa un occhio della testa" (coûte un œil de la tête), similaires à l'espagnol, ce qui enrichit le registre émotionnel. La notion de "hors de prix" s'inscrit dans une culture méditerranéenne où la négociation et la perception de la valeur sont souvent théâtralisées.
Japonais : 超高価 (chō kōka)
En japonais, "超高価" (chō kōka) signifie "super cher" ou "extrêmement coûteux", avec "超" (chō) indiquant l'excès et "高価" (kōka) le prix élevé. C'est l'équivalent fonctionnel de "hors de prix", utilisé dans les contextes commerciaux ou informels. On trouve aussi "法外な値段" (hōgai na nedan) pour "prix exorbitant", plus formel. La langue japonaise, avec son système d'écriture et ses nuances de politesse, exprime souvent le coût excessif à travers des adverbes modificateurs, reflétant une société où la discrétion face à l'argent contraste avec l'expression directe française.
⚠️ Erreurs à éviter
1) L'utiliser comme synonyme exact de 'cher' : 'hors de prix' implique une exagération, un dépassement des limites du raisonnable, pas simplement un coût élevé. Dire 'ce livre est hors de prix' pour un ouvrage à 25€ est abusif, sauf si le contexte justifie une hyperbole. 2) Oublier l'accord : bien que souvent invariable dans l'usage oral relâché, la locution s'accorde normalement ('des montres hors de prix', non 'hors de prix'). 3) La confondre avec des expressions voisines : 'coûter les yeux de la tête' est plus imagée et familière ; 'ruineux' insiste sur le risque de perte financière ; 'inabordable' met l'accent sur l'inaccessibilité, pas nécessairement sur le scandale du prix. 'Hors de prix' garde cette nuance de disproportion choquante.
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XIXe siècle
courant
Dans quel contexte historique l'expression "hors de prix" a-t-elle émergé pour critiquer les dérives économiques ?
“Cette montre de collection est hors de prix, même pour les collectionneurs avertis. On parle de plusieurs centaines de milliers d'euros, une somme qui défie l'entendement.”
“Les manuels scolaires spécialisés sont parfois hors de prix, ce qui pose des problèmes d'accès pour les étudiants boursiers.”
“Les vacances dans cette station balnéaire sont hors de prix cette année, mieux vaut opter pour une destination plus abordable.”
“Le coût des matières premières rend ce projet hors de prix, nécessitant une révision complète du budget prévisionnel.”
🎓 Conseils d'utilisation
Utilisez 'hors de prix' avec précision : elle convient mieux à un jugement subjectif et fort qu'à une simple description technique. Préférez-la dans un registre courant ou critique, par exemple dans un article sur l'immobilier parisien ('des appartements hors de prix') ou une conversation sur la restauration ('ce restaurant est hors de prix pour ce qu'il offre'). Évitez de l'employer dans un contexte formel ou juridique, où 'excessif', 'prohibitif' ou 'surévalué' seront plus adaptés. Pour renforcer l'effet, associez-la à des adverbes comme 'absolument', 'vraiment' ou 'scandaleusement'. Attention à ne pas la confondre avec 'de prix', qui signifie 'précieux' (un objet de prix). À l'écrit, elle s'accorde en genre et en nombre avec le nom qu'elle qualifie : 'une voiture hors de prix', 'des bijoux hors de prix'.
⚠️ Erreurs à éviter
1) L'utiliser comme synonyme exact de 'cher' : 'hors de prix' implique une exagération, un dépassement des limites du raisonnable, pas simplement un coût élevé. Dire 'ce livre est hors de prix' pour un ouvrage à 25€ est abusif, sauf si le contexte justifie une hyperbole. 2) Oublier l'accord : bien que souvent invariable dans l'usage oral relâché, la locution s'accorde normalement ('des montres hors de prix', non 'hors de prix'). 3) La confondre avec des expressions voisines : 'coûter les yeux de la tête' est plus imagée et familière ; 'ruineux' insiste sur le risque de perte financière ; 'inabordable' met l'accent sur l'inaccessibilité, pas nécessairement sur le scandale du prix. 'Hors de prix' garde cette nuance de disproportion choquante.
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